La musique mauricien s’élargit vers de nouveaux horizons
June 21, 2008 · Print This Article
Il y a quelques années, la production locale était dominée par le séga. Aujourd’hui, l’univers musical mauricien s’élargit vers de nouveaux horizons. Ainsi, ces derniers temps, nous avons eu droit à une émergence de nouveaux styles. Ces expériences musicales, grandement influencées des artistes internationaux, s’avancent lentement mais sûrement vers une voie prometteuse, encouragées par un public qui se montre désormais réceptif.
Gagnant de la 3e édition de Rêve de Star, Doushan Sewtohul dit être “très sollicité pour participer à des concerts, même si j’ai opté pour un genre musical très particulier : le Hindi Pop.” Selon lui, lors de chacun de ses passages sur scène, le public est émerveillé. De même pour Linzy Bacbotte, qui a fait un come-back remarqué avec son dernier album Breathe Again. Mélange de zouk, reggae…, cet opus connaît un franc succès. La jeune femme, qui appréhendait l’accueil qu’aurait eu son album auprès du public, dit être “entièrement satisfaite du résultat. Les gens ont découvert une nouvelle facette de moi. Ils ont accepté la nouvelle Linzy, qui connaît faire autre chose que du séga.” Les Mauriciens se montrent très réceptifs à ces genres musicaux, bien qu’ils leur soient peu familiers. C’est ce que nous confirme Vincent Brasse, le chanteur du groupe rock Xbreed Supersoul, qui a dernièrement sorti son 2e album, Letter to G. : “Beaucoup de gens connaissent et aiment notre musique.”
Vente. Néanmoins, si le public est réceptif côté vente, des questions restent posées. “Quotidiennement à la radio, de nombreux auditeurs demandent à écouter mes chansons, particulièrement Woh Kaun Hain ? Je ne comprends donc pas pourquoi du côté de la vente, ça se passe aussi mal”, dit Doushan Sewtohul. Selon lui, les Mauriciens préfèrent acheter les CD pirates des artistes étrangers, qui sont vendus à Rs 50 sur la rue et délaissent de plus en plus les productions locales. Prenant de plus en plus d’ampleur à Maurice, le piratage est la cause principale de la baisse de revenus des chanteurs mauriciens. Vincent Brasse trouve qu’ “avec ce problème, il est impossible de faire de la musique son métier.” Cependant, celui-ci est aussi conscient que “l’album de mon groupe ne se vend pas comme des petits pains, comme c’aurait été le cas pour OBS ou encore Sandra Mayotte. Je ne me suis pas encore renseigné auprès des magasins, mais je sais que le plus grand nombre de ventes se fait durant nos concerts. Mais, pour Xbreed Supersoul, la réussite d’un album se résume à la popularité du groupe auprès du public.”
Pour Linzy Bacbotte, les choses se déroulent comme elle l’espère. “Je pense que le zouk love Amoureuse et le reggae Prié Bondié, qui marchent fort actuellement, font que l’album connaît un tel succès.” Satisfaite des critiques du public, Linzy Bacbotte avoue avoir “atteint le succès tout en me faisant plaisir.”
Difficultés. La production d’un album demande énormément de sacrifices de la part de son auteur. D’autant plus quand il décide d’opter pour un produit qui se veut original. Conscient que le Hindi Pop est nouveau pour les Mauriciens et que “mon album prendra plus de temps que prévu pour prendre son envol”, Doushan Sewtohul avoue être “en quête de supports pouvant m’aider à la distribution de mon album à l’étranger.” Mais, ne se décourageant pas, il promet à ses fans “de revenir, pour mon 2e album, avec un genre aussi particulier que le premier ; ce sera un mélange du style bollywoodien et de culture mauricienne.”
Quant à Linzy Bacbotte, elle dit avoir “mis toute mon âme afin de sortir un album de qualité. Ça n’a pas été facile pour moi de me lancer. À un moment, je ne dormais presque plus. Mais, soutenue par mes proches, j’ai persévéré.”
Pour Vincent Brasse, “sortir un album de séga ou ragga est plus facile qu’avec un album purement rock. Pour ce genre de musique, c’est catégorique : soit on aime, soit on n’aime pas. Letter to G a été conçu avec passion.”
Nouveauté
Malgré les étapes à franchir et les épreves à surmonter, promouvoir la créativité reste le mot d’ordre pour nos 3 interlocuteurs. Doushan Sewtohul “encourage les artistes à opter pour des styles originaux car, sans nouveauté, la musique locale restera stagnante.” Vincent Brasse, lui, “demande aux jeunes talents d’arrêter de se retenir et d’oser proposer un genre différent.” Avant, si on ne faisait pas du séga, on ne pouvait pas percer. C’est ce que pense Linzy Bacbotte, qui lance qu’”aujourd’hui, nous avons énormément de portes d’ouverture. J’incite tous ceux qui le souhaitent à se jeter sans hésitation dans l’arène musicale.”
“Manque d’outils d’accompagnement”
Responsable des Classes de Charles, Geordie Piseri-Diaz trouve qu’”il y a aujourd’hui énormément de potentiel sur le plan de la créativité à Maurice. Les artistes locaux nous proposent un agréable mélange d’ici et des cultures étrangères. Ce qui offre un renouveau dans le style musical mauricien.” Cependant, G. Piseri-Diaz regrette de constater qu’”il y a un grand manque d’outils d’accompagnement, tels des studios de répétitions ou encore des centres d’information pour notre nombreux potentiel. Avec, certes, il y aurait eu plus de répercusions positives.” Grâce au DVD Live - retracant les grands moments des Classes de Charles 2007 -, distribué à l’étranger pour promouvoir la musique locale, G. Piseri-Diaz indique être “parvenu à étoffer les prix pour les tremplins 2008. Cette année, un groupe s’envolera pour La Réunion pour jouer au Bato Fou.”


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