Ti Marmit est devenu grand
March 23, 2007 · Print This Article
Alors que le Grup Abaim commémore ses 25 ans de carrière, ses petits protégés, les Ti Marmit, sortiront en septembre prochain, un autre CD, faisant écho aux 16 ti morso nu lanfans et à Tizan.
En 2002, le Grup Abaim réunissait ses petits protégés du groupe Saturday care sur un CD inédit, 16 ti morso nu lanfans. Ils ont réussi l’exploit de devenir le groupe le plus vendeur du pays derrière un certain Kaya. Le morceau Ti Marmit était alors sur toutes les lèvres.
Plus connu depuis sous le nom de «Ti Marmit», cette vingtaine d’enfants a aujourd’hui grandi : Kelly et Ketty Gurbhoo, Aurélie Eléanore, Esthel et Elodie Netta, Julie Yvon, Johanna Aristide, Keisha Joson, et les autres, sont des adolescentes rieuses et d’une énergie communicative. «Noune gard enn tas souvenir. Nom la ine rester, mais zordi nou bann adolescent. Kan nou ekut CD la, nou realize ki nou la voix ti mari canard. Nou gagn mari riye ! » raconte la jolie Kelly.
Le succès de Ti Marmit a certes fait d’elles des stars en herbe, mais a éveillé leur conscience sociale et leur sens du devoir.
La musique, comme le langage, peut être une forme de communication et de coordination entre les gens. Ils l’ont appris à la dure, en travaillant, chaque samedi, mêlant les plaisirs des jeux d’autrefois à la magie de jouer de la ravanne, de marier leurs voix d’enfants tout en travaillant leurs instruments.
Leurs débuts, c’était chaque samedi, avec les autres, à composer des jeux : la marelle, sapsiway, « saute la corde ». Puis, sous la houlette de musiciens-pédagogues, Alain Munean et Marousia Bouvéry, principalement, ils ont été initiés aux plaisirs de faire de la musique, pas en anglais et en français, mais dans leur langue maternelle.
Patrimoine oral
Mieux encore, ils se sont mis en tête de restaurer notre patrimoine oral et musical. Objectif : débroussailler des pans entiers du patrimoine oral.
Aujourd’hui, les Saturday Care sont devenus des membres à part entière d’Abaim. Le groupe, créé pour défendre les droits des aveugles de l’île Maurice, a depuis revu ses objectifs au point où l’acronyme ne tient plus la route. «Pas zis aveugl ki dan pince dan Moris. Zordi nou met nou a lekut tou ce ki nou senti merite enn latensyon dan pays,» explique Marousia Bouvéry, l’un des piliers du groupe.
C’est la raison pour laquelle, les juniors d’Abaim ont pris en charge les nouveaux adhérents de Saturday Care. «Aster nou ki responsab bann pli zen. Nou ki transmet ce ki noune apprane. En mem tem nou realise kouma li difficile encadre bann pli zen kan nou mem avant no ti bien faire insignifiant,» s’esclaffe Aurélie.
La plus belle réussite d’Abaim et de Ti Marmit, c’est cet élan de solidarité envers tous ceux qui veulent une certaine attention. Avec eux, le mauricianisme et le patriotisme ne sont pas de vains mots. A chaque fois, ils jouent la carte de la cohésion sociale, en excluant toutes connotations ou autres attitudes communales, religieuses, sectaires ou politiques. «Nou vine la parski nou kontan. Nou ena enn de ti prozet ki nou fer ensam avec enn grand bonher.» Pas de grands discours donc sur le bénévolat ou encore sur le sens du sacrifice. Seul compte le plaisir de la communion, du partage et de l’amitié.
Pour eux, la musique a définitivement sa place dans l’évolution de chaque individu. D’où ce dévouement à restaurer les chansons de jadis, celles qui ont bercé l’enfance de nos parents, voire de nos arrières grands-parents. «Nou bizin pas bliye nou patrimoine ek nou bann tradition. C’est enn mari richesse ki nou ena,» ajoute Kelly.
Ainsi, 25 morso nu patrimoine, dans les bacs en septembre prochain, viendra sceller le destin de ces amoureux du créole, de ses rimes, de ses jeux de mots et de toutes ses nuances. Une fois encore, Abaim travaillera avec la force de son cœur, pour joindre l’utile à l’agréable et servir, sans rien attendre en retour, le patrimoine mauricien.


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