Sandra Mayotte : Interview
November 17, 2007 · Print This Article
Sandra Mayotte revient. Derrière le grand sourire qui la caractérise, elle laisse paraître une femme encore plus passionnée, qui vit l’instant présent en pleine conscience. Intensément. Sandra Mayotte revient… À un moment, elle en avait douté. Danse sa pou moi marque le retour de cette grande dame du séga et encore plus que ça.
Ça fait longtemps qu’on ne vous entend pas…
Je suis passée par un gros cyclone. Un matin au réveil, je ne me suis pas sentie bien, je me sentais fatiguée. Je me suis dit qu’il s’agissait sûrement d’une grosse fatigue. Mais, c’était beaucoup plus grave. Je me suis retrouvée à la clinique, ensuite transportée d’urgence par le SAMU pour l’Hôpital du Nord. Mon cœur était gravement malade. J’avais une artère bouchée. Je suis restée à la ICU pendant une semaine, puis j’ai été opérée. Ça a été un grand choc. Je fais attention à ce que je mange et j’ai plusieurs activités. J’aurais peut-être imaginé qu’une telle chose arriverait à quelqu’un d’autre, mais pas à moi, pas moi ! Dans ces moments, tu te poses beaucoup de questions sur ce qu’il t’adviendra. C’est vrai que le Dr Gunness qui m’a opérée est l’un des meilleurs dans le domaine, mais, inévitablement, j’étais inquiète. J’ai traversé ce moment dans la foi. J’ai remis pas mal de choses en question. J’ai fait un bilan de ma vie personnelle, familiale, professionnelle. Et j’ai vu qu’il y avait tellement de choses que je n’avais pas encore faites. J’ai vraiment imaginé le pire. C’est alors que j’ai réalisé que la vie d’une personne peut s’arrêter à tout moment. J’ai ressenti ce moment, un moment que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi.
C’est donc une nouvelle Sandra Mayotte qui vient de l’avant ?
Tout à fait. Je reviens avec un cœur neuf (rires), comme me le dit mon médecin. Un cœur neuf dans tous les sens du terme. Je suis plus passionnée qu’avant, heureuse d’être en vie. Souvent, on fait des choses pour se relever un défi ou pour se prouver qu’on en est capable. Après mon opération, à travers chaque chose que je fais, je me prouve que je suis vivante. Que j’existe, que je suis sur terre et pas ailleurs. Parce qu’à un moment, je me suis demandée si j’étais toujours en vie, par crainte que je ne sois plus là et que je m’imaginais être toujours là. Désormais, je vois tout différemment. Même les choses les plus bêtes sont aujourd’hui importantes. Mon regard a changé sur la vie, sur tout. À un moment, je me fatiguais avec des choses qui n’en valaient pas toujours la peine. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai failli ne pas rentrer de mon opération. Pourquoi alors devrais-je me fatiguer ? J’ai maintenant décidé de vivre ma vie pleinement. Avant, je croyais le faire, je croyais que je profitais de la vie. C’est maintenant que je le fais. C’est maintenant que je me fais plaisir. J’ai envie de m’amuser, de me défouler, de travailler aussi, mais le travail n’a plus la même importance que dans le passé.
Pour parler de votre album, on note que vous avez vécu cette expérience alors que vous travailliez sur ce projet. À quel point s’en est-il retrouvé influencé ?
J’avais déjà prévu un album pour la fin de cette année. Après mon opération, le projet a pris une autre dimension. Par exemple, j’ai écrit la chanson Mo lé ker li pou toi sur ce que j’ai vécu durant cette période. J’ai raconté l’histoire dans deux sens. J’ai aussi écrit À genoux. J’avais voulu chanter une chanson pour implorer. Et j’ai écrit À genoux qui parle des relations entre une femme et un homme. J’ai suggéré à Gérard Louis une musique cool plus soft pour ce titre. C’est ce qu’il a fait. La première fois où je l’ai écoutée, j’en ai pleuré d’émotions. Les autres chansons amènent de l’ambiance, beaucoup d’ambiance. J’ai fait de cet album une célébration à la vie. Danse sa pou moi est une chanson que le pubic devrait aimer. Quand Gérard Louis m’avait parlé de ce titre, je me suis imaginé que j’ai failli ne plus être là pour danser. Et je voulais dire aux autres : Danse sa pou moi. Cet album, dans son ensemble, m’est très symbolique. Sans l’épreuve par laquelle je suis passée, j’aurais chanté les mêmes choses, mais différemment. Là, c’est quelque chose qui vient du plus profond de mon cœur.
Avec ce 7e album, comment situez-vous votre carrière de chanteuse ?
Je pense que j’ai aujourd’hui ma place dans le paysage musical mauricien. Je n’aime pas cette expression que je trouve prétentieuse, mais je dois dire que j’ai aussi mes fans. Disons que j’ai un public qui m’aime. Ce n’est, peut-être, pas un énorme public qui aime la musique populaire, mais ce sont des gens très sincères. Il y a entre nous quelque chose de très spécial, de très affectif. Nous avons de relations cordiales, familiales. Par exemple, je vois souvent des SMS qui me sont dédiés dans Scope. Je sens cela comme un geste très sincère. Voilà quelqu’un que je ne connais pas et qui prend la peine de m’envoyer un message. C’est aussi pour ce public que je reviens. Parce que c’est grâce à lui que je suis arrivée là où je suis aujourd’hui. Je sais que ce public aime ma musique et attend mon album, que ce soit à Maurice où à La Réunion.
Il y a eu votre succès local et régional. Les Kora Awards et vos sorties sur la scène européenne. Vous attendiez-vous à un tel succès quand Gérard Louis vous avait approché pour un album quelques années de cela ?
Certainement pas. Je n’avais pas, non plus, imaginé que je sortirai un jour un album. Je considère que tout au long et jusqu’aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de chance. Le Bon Dieu a beaucoup décidé pour moi. Il est aussi un fait que les gens ce sont intéressés à moi parce que je travaillais déjà à la radio et à la télévision. Mais, je ne croyais pas qu’il y aurait une suite à cette première expérience. Finalement, j’ai fait une carrière dans la chanson (rires). Une carrière inattendue grâce aux opportunités que m’a offerte la vie : les Kora Awards et le fait même d’avoir chanté avec le groupe Cassiya. À l’origine, j’étais une de leurs fans, j’admirais ce qu’ils faisaient. Puis, un jour, je me suis retrouvée à leurs côtés sur scène.
Les chanteuses de séga sont-elles toujours victimes de préjugés ?
Je n’en ai jamais ressenti. Quand j’ai commencé à chanter, j’avais déjà une personnalité, un style propre à moi. Gérard Louis ne m’a pas demandé de changer cela. Il a amené la musique à moi. Je n’ai jamais ressenti les préjugés parce que, de manière générale, j’ai un esprit ouvert et, moi-même, je ne développe pas de préjugés. Je n’ai jamais pensé que les gens me jugeraient mal parce que je chante le séga. C’est vrai que j’ai déjà entendu quelques commentaires… Mais, je pense que, dès le départ, je suis venue avec un style qui a contribué à rehausser le séga, lui a apporté une certaine valeur et une autre image… de par mes tenues vestimentaires sur scène, déjà ! Par exemple, j’aime bien danser le séga pieds nus. Mais, depuis que j’en chante, ça a toujours été avec des talons aiguilles et une tenue chic. Parce que ma musique, c’est mon pays. On peut donc présenter le séga autrement avec beaucoup de classe, comme quelque chose de beau sans qu’un cameraman n’ait à entrer sous la jupe d’une danseuse. Je pense que nous pouvons tout faire dans la vie. L’important est la façon dont nous le faisons.
Le pays vous a connue à travers la radio, la télé, la musique. Comment vivez-vous le fait d’être un personnage public ?
C’est paradoxal. Je précise que tout vient des choix que j’ai faits. J’ai choisi d’être animatrice, comme j’ai choisi d’être chanteuse. Bien que ce ne soit pas toujours facile, je pense que je peux mieux “souffrir” d’une chose que j’ai choisie plutôt que de souffrir de ce que les gens me font subir. Par ces choix, j’ai accepté d’être reconnue partout où je vais, par exemple. Parce que, des fois, d’une certaine manière, disons que j’en souffre un peu. Comme lorsque je souhaite d’un peu d’intimité dans ma vie. Bon, mais on n’y peut rien. Parfois, il y a aussi des gens qui me reconnaissent et m’abordent très amicalement parce que nous avons, sans doute, déjà échangé quelques mots. Je me retrouve à mon tour très mal à l’aise si je n’arrive pas à les reconnaître et encore moins à me rappeler de leurs noms. C’est très embarrassant, ces personnes peuvent se sentir offensées. Ce sont des choses que les gens ne comprennent parfois pas. Il arrive aussi que l’on ait droit à des remarques blessantes. Ce n’est pas forcément méchant. C’est peut-être parce que les gens se sentent proches de nous et qu’ils peuvent se permettre de dire certaines choses et d’avoir un type de comportement.
Une des conséquences d’être entrée dans les foyers de nombreux Mauriciens à travers la radio ?
Exactement. Je suis un peu enn zenfant lacaz tout dimoun. Et ça, c’est un sentiment merveilleux qui fait très plaisir. À l’époque, quand j’étais à la radio et que je constatais l’affection que me portaient ces nombreux tontons et matantes, je me disais que j’ai des milliers de tontons, de matantes, de grand-mères, de grand-pères à travers le pays. Effectivement, j’avais l’impression d’entrer dans la maison de tout un chacun. Ça me faisait plaisir. En même temps, il me fallait être consciente qu’un allant ainsi chez les gens, je ne pouvais me permettre n’importe quoi.
Comment viviez-vous cette responsabilité ?
C’était quelque chose d’énorme. D’abord, je suis une femme et me faire respecter devenait primordial. Il fallait que je leur donne une image qui leur fasse me respecter. Mais, tout en me faisant respecter, il ne fallait pas que je les repousse. Il a fallu que j’apprenne à le faire, à trouver le juste milieu. Les femmes, les enfants m’aiment. Les hommes, je ne sais pas trop comment ils m’aiment. Pour moi, quelque part dans ma tête, j’avais l’impression que je représentais la femme, la Mauricienne. Comme moi, il y a beaucoup de femmes qui ont pris ce type de responsabilité dans le pays. Comme elles, je suis une de celles qui représentent la Mauricienne.
De là, quels changements souhaiteriez-vous voir au sein de la société ?
Je souhaite plus de respect pour la femme. Je vois qu’aujourd’hui, il y a des gens malheureux, des gens qui souffrent dans le pays. La femme se retrouve encore plus vulnérable, encore plus faible. Elle souffre encore plus. Chaque semaine, chaque jour, on entend parler de viols, de crimes, d’une femme brûlée dans les champs de cannes… Nos filles, nos femmes souffrent. Nous avons peur pour nos enfants. Au lieu de voir un développement des mentalités, on note un recul. Dans le passé, Maurice n’était pas ainsi. Il faut un changement de mentalité vis-à-vis de nous, les femmes. Ce changement doit venir des hommes et aussi des femmes elles-mêmes.
Que souhaitez-vous dire aux femmes ?
On dit souvent que les femmes ont plus de place en société, mais on ne le voit pas vraiment. C’est vrai que les femmes sont davantage présentes, elles sont dans différents types de métiers, vont à l’école, etc. Mais, nous devons veiller à ce que notre place ne soit pas uniquement au niveau professionnel et scolaire. Notre place doit aussi être sur le plan social. Nous devons savoir nous faire respecter. Nous ne devons pas donner l’occasion aux gens de nous manquer de respect et de nous rendre malheureuses. Je ne dis pas que celles qui souffrent en sont responsables. Je dis que nous devons réfléchir pour nous donner les moyens de nous mettre à l’abri. Au sein de cette société, nous sommes en danger, nous avons besoin de protection.
Et aux hommes ?
Nous ne pourrons jamais vivre sans vous. Nous avons besoin d’hommes dans nos vies. Bon, c’est vrai qu’il y a beaucoup de femmes qui arrivent pleinement à se débrouiller seules, matériellemet surtout. Sans homme, une femme ne se sentira pas belle, elle ne se sentira pas désirée, elle ne se sentira pas femme. Les hommes ont une place d’honneur dans le cœur des femmes. Aimez les femmes, admirez-les, respectez-les, adorez-les. Arrêtez de les blesser, de leur faire du mal.
Maintenant que vous en faites partie, comment décrivez-vous le monde musical ?
C’est vrai, il s’agit là d’un monde difficile ! Les artistes n’obtiennent toujours pas ce qu’ils réclament depuis très longtemps. D’accord, dans le passé, le pays n’avait pas les moyens. Mais, aujourd’hui, on voit que les artistes continuent à souffrir du piratage, par exemple. Les artistes ne gagnent pas grand-chose dans ce qu’ils font. La musique requiert beaucoup d’investissement et de temps. Et on entend dire que le gouvernement veut nous taxer. C’est révoltant ! Les artistes dans le pays souffrent alors que nous sommes là pour amener de la joie dans les maisons, pour faire danser les familles et les invités au moment des réjouissances. On ne peut être utile que pendant ces moments. Parce qu’avant d’en arriver là, il y a beaucoup de travail et beaucoup de souffrances.
Que répondez-vous lorsque l’on vous demande ce que vous faites maintenant ?
(Rires) J’explique que je m’occupe de mon restaurant à Trou-aux-Biches. Quand j’ai arrêté la radio, j’ai eu plus de temps pour réaliser mon rêve d’avoir mon restaurant. Là-bas, à Trou-aux-Biches, j’y fais ce que je veux, je chante avec les musiciens qui sont là, je rencontre les clients, je suis dans la cuisine, l’ambiance est bonne. Je m’épanouis dans une autre direction.
Envisagez-vous de retourner à la radio un jour ?
Ce n’est pas dans mes projets. Éventuellement, j’y réfléchirai si je reçois une proposition. Je rencontre régulièrement des gens qui me disent que je leur manque à la radio. Ça aussi, ça a été un choix difficile. Disons qu’il y a eu des gens qui m’ont aidée à le faire… malheureusement ! La radio, c’est ma première passion. Je le faisais avec mon cœur, de tout mon cœur. Des gens m’ont appris à faire de la radio, à aimer mon métier et, par la suite, m’ont aussi fait détester mon métier. C’est dommage. Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment la radio qui me manque. Ce sont les auditeurs. Parfois, ça me pince beaucoup. Parfois, à certaines heures, j’imagine l’émission que j’aurais alors animée…
Votre mot de la fin ?
Un grand merci ! Parce que quand j’étais malade, Finlay (Salesse) s’est senti très concerné et avait averti tout un chacun à travers la radio. Cela a provoqué des réactions nationales et internationales. J’ai eu des messages d’Australie, de Belgique, d’Angleterre, etc. Les auditeurs de Radio One ont réagi de partout. Ils m’ont fait parvenir des messages, ont appelé chez moi, certains ont même monté une chaîne de prière. J’ai réalisé à quel point des gens m’aiment. Je parle d’une façon d’aimer très sincère, très affectueuse et cordiale. Je souhaite dire merci à toutes ces personnes. Je ne connais pas plusieurs d’entre elles, mais ça m’a vraiment touchée. Merci !



sandra,mo manque li bcp lor radio avek so banne manzer,ene grand segatiere ki nu apprecier,mwa aussi mo fine souffert ene heart attack,mwa aussi comme sandra pe commence take it easy et apprecier la vie.mo demande sandra pa arret chanter,li fer nu grand plaisir pu ecout li chanter peut etre mo capav descendre a trous aux biches,fer ene ptit tour
get better Sandra,you are in our prayer
May God watch over you
God bless you
brotherly yours
Rajendra Moothianpillay