Michel Legris: Sacré Capitaine
March 23, 2007 · Print This Article
A presque 76 ans, il était temps que la République décerne les honneurs à Michel Legris. Elevé au rang de Member of the Order of the star and the key of the Indian Ocean, l’artiste qui n’a eu de cesse de revigorer notre patrimoine musical n’est pas totalement heureux.
Il a l’âge où l’on n’hésite plus. Il n’a d’ailleurs jamais souhaité rester dans un cocon. Il a bossé dur et a accompli de belles choses, jusqu’à devenir un personnage incontournable du patrimoine musical du pays. Enfin décoré par la République, Michel Legris n’exulte pourtant pas. Il est même plutôt amer.
A l’occasion des récentes commémorations du 39ème anniversaire de notre indépendance et les 13 années de notre République, il n’a pas été invité à chanter sa fierté d’être Mauricien, lui qui chante son séga à travers le monde, de la Suisse à l’Australie, en passant par Madagascar, Mayotte ou l’Inde. Il a de quoi être déçu. Sur une étagère, les trophées récompensant sa longue et fructueuse carrière lui rappellent sans cesse ce qu’il est. Un patriarche de la musique, un défenseur du séga traditionnel, un conteur à part. Fidèle à son franc-parler, il empoigne le porte-voix : «La riviere kine donn mwa tou sala, pa la mer. »
Avec Michel Legris, le séga mauricien est devenu adulte. Il connaît les recettes pour mijoter des ségas «pou nou sacouille nou le rein», mais il sait par dessus tout la valeur des choses bien faites. D’où ce quasi détachement à l’idée d’avoir été élevé au rang de Member of the Order of the star and key of the Indian Ocean for contribution in the field of music. «Mone appran lor radio ki mone decore. C’est enn bon ti nouvel, ki zot pan bliye capitaine. Mais selman minis la ki rest in pe pli loin ki moi ine bliye invit mwa le 12 mars dans Caudan. Fete Nasyonal enn grand zafer sa. Si mo tine vinn fet la Repiblik, mo ti pou ena enn chante zis pou lokasion. »
Ton Michel saisit alors sa ravanne, place ses mains énergiques et entame avec vigueur «Bien difficile pou raconte la mizer nou bann gran fami fine passer… »
Mais Michel Legris n’est pas rancunier, loin de là. Sa bonne humeur reprend vite le dessus. Il mise toujours sur sa gouaille pour faire revivre ses souvenirs d’antan. Son père cordonnier, sa victoire au concours Sugartime en 1972 qui lança sa carrière, la naissance de sa horde d’enfants, la présence constante et discrète de sa femme Thérèse et sa plus belle réussite : ses enfants, devenus aujourd’hui des employés respectés. « Mo pa konne lire ek ekrir. Mais mo banne zenfan ine alle l’iniversite, ena mem enn ki la police, » se plaît-il à raconter.
Ce ne sont donc pas cette riche carrière, tous ces CDs vendus, les livres qui lui rendent hommage, ces portraits de lui empillés dans un classeur ou encore ces trophées étalés qui le rendent le plus fier. Mais le bonheur d’avoir fait de ses fils et de ses filles des hommes et des femmes avec un métier, un avenir et leur propre famille à nourrir.
A bientôt 76 ans, monsieur La saison maree noire fine arrive, Mo capitaine, Dalma, Dalma, Sa lane la, prépare son premier Best Of. Un CD qui signera la consécration d’une carrière construite à la sueur de son front et à la prunelle de ses yeux. «Mo travay depi ki mo ena douze ans. Mone fer tou kalite travay. Mo fam zame pann travay dan so lavi. Ou kroir ki mo pou arret travay mem si mo ena sa laz le ? » lance-t-il à la volée. Aucune chance ! Paroles sacrées du Capitaine.


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