Kaya : Un héritage à préserver
February 23, 2007 · Print This Article
Le 21 février 1999, Joseph Réginald Topize était découvert mort dans la cellule No 6 du Line Barracks Detention Centre. Maurice perdait l’un de ses plus grands artistes. Huit ans après, les circonstances de son décès demeurent encore enn zistwar revoltan. De Kaya, que reste-t-il ? Véronique Topize, sa femme, et Percy Yip Tong, son premier producteur, répondent à cette question.
Au fil des ans, le son de Kaya se dissipe dans le vent, emporté dans les arrière-cours du marché de la musique. “On ne l’entend plus, ni sur les radios, ni ailleurs. Il faut attendre le 21 février pour qu’on joue du Kaya à la radio. C’est vraiment dommage”, disait Éric Triton, un an de ça. Ce 21 février 2007, huit ans après, on ne peut que faire le même regrettable constat. “Musicalement, il disparaît, mais dans la mémoire des gens, il est encore vivant. Kaya, c’est le symbole d’une culture”, dit Percy Yip Tong, l’homme derrière la notoriété de Joseph Réginald Topize, dit Kaya.
Icône. S’il reste un monument du seggae, une icône pour Percy Yip Tong, il n’en demeure pas moins que sa musique s’évapore. Aujourd’hui, le seul disque qu’on retrouve de Kaya, c’est Seggae Experience, et les amateurs du genre savent que ce n’est pas le vrai seggae de Joseph Réginald Topize, soutient Percy Yip Tong.
Si l’artiste n’est plus, pour certains, ses paroles et sa musique d’espoir demeurent. Ses textes ne prennent pas de rides, car ils commentent, encore et toujours, l’actualité. Sa musique, pure, simple, chargée d’émotion et de sincérité a conquis un peuple. Seggae zoué ! Mais 8 ans après, que reste-t-il ?
Souvenir. Une musique. Une voix et une image sont ce que Véronique Topize garde de son époux et du père de ses enfants ; parmi tant d’autres souvenirs de vie commune en compagnie de Joseph Réginald Topize. Un homme hors du commun de par son humanité, autant qu’un artiste adulé par son public sous le pseudonyme de Kaya.
Simplicité. Véronique Topize évoquera d’abord l’homme. Celui qui, à Beaux Songes, quelques mois avant sa mort, préparait à manger alors que sa femme travaillait. “Un jour, Kaya se rend à la boutique pour acheter des provisions pour préparer le déjeuner. Il rencontre deux fans que, bien sûr, il ne connaît pas. Il a fini par les inviter à manger à la maison. Kaya était une personne d’une grande simplicité et, surtout, d’une grande générosité. Le matériel n’était pas important pour lui.”
Émeutes. Comment évoquer la mémoire de Kaya sans parler du trouble que causa sa mort ? Aux dires de Véronique Topize, les émeutes furent un débordement de colère face à la mort du chanteur… quelques jours après ce fameux concert de la rue Edward VII, à Rose-Hill. Et depuis, Kaya est devenu un “symbole du malaise créole, une image faussée de ce qu’était vraiment l’homme. Son histoire, ce qui reste, est étroitement liée aux émeutes de 99″, dit Percy Yip Tong. Pour ceux qui le connaissent, poursuit-il, Kaya demeure un homme particulier, “un des plus grands poètes de la langue créole”.
Paradoxe. Sa mort tragique dans une cellule d’Alcatraz a tristement contribué à sa reconnaissance, souligne Percy Yip Tong. “Il a fallu attendre qu’il soit mort pour qu’on reconnaisse enfin sa contribution musicale. Et aujourd’hui, beaucoup commencent à oublier l’homme et son œuvre”, dit-il. Selon Percy Yip Tong, Kaya a fait partie intégrante de sa vie. “Même quand je suis parti, pour des raisons douloureuses, Kaya a contribué à mes plus grands moments de joie et de peine.”
Musicalité. En ce qu’il s’agit de ses albums, Kaya est quasi introuvable chez les disquaires, hormis Seggae Experience. Si Percy Yip Tong, éditeur de plusieurs de ses chansons, ne s’oppose pas à ce que les textes de Kaya soit repris par des jeunes artistes, le problème se pose au niveau du montant des royalties qui doivent être versées à Véronique Topize. Permettre à des jeunes artistes de faire des reprises de Kaya, observe Percy Yip Tong, serait un moyen de continuer la promotion de l’artiste, comme beaucoup l’ont fait avec les chansons de Bob Marley. “La vraie musique de Kaya se trouve sur ses premiers disques et ça, la nouvelle génération ne connaît pas”, regrette-t-il. Le premier producteur de Kaya conserve encore des disques et des versions inédites de ses chansons, mais ne peut les produire actuellement faute de moyens mais aussi pour d’autres raisons qu’il préfère ne pas évoquer.
Messager. De Kaya en tant qu’artiste, Véronique Topize retient les paroles fédératrices ; dénuées de racisme, de différence de couleurs et de religions. “Il était comme un messager. On se retrouvait dans toutes ses chansons ainsi que dans sa réalité.” Elle poursuit que Kaya fut aussi le chanteur qui a attiré une foule de 42 000 personnes lors d’un concert au stade de Rose-Hill en 1990.
Héritage. Le seggae n’a plus cette âme qu’il avait jadis, cette musique ne reflète plus la sensibilité qu’elle avait au travers de Kaya. Aujourd’hui, OSB fait vivre le seggae, mais avec une approche plus radicale comparée à celle du fondateur. S’il reste un espoir pour cette musique, Percy Yip Tong pense qu’il demeure en Ras Nininn. “Il a une approche roots du seggae. Je crois qu’il peut remettre le seggae à jour, reste à voir sa prestation scénique”, conclut-il.
La brutalité policière demeure
En dépit des vagues conclusions de l’enquête judiciaire initiée pour faire la lumière sur les circonstances de la mort de Kaya, nombreux sont-ils à être convaincus que ce drame reste étroitement lié à la brutalité. Face à la colère qui avait généré des émeutes dans le pays, les autorités avaient fait état d’une volonté destinée à rétablir la confiance en les institutions. Mais la brutalité policière demeure un mal que le pays ne semble pouvoir combattre. D’autres drames continuent à se jouer tandis que des officiers semblent protégés par une certaine impunité. Dans une lettre envoyée aux responsables de la Commission Nationale de Droits de l’Homme, Lalit reproche à cet organisme son manque d’efficacité, estimant qu’il a fini par faire partie du problème. D’où l’appel lancé pour la réorganisation de la commission - qui doit aussi impérativement être indépendante du gouvernement. Au cas contraire, Lalit estime que les membres de la commission devraient soumettre leur démission.
Le mystère demeure
Les circonstances dans lesquelles Kaya a trouvé la mort le 21 février 1999 demeurent à ce jour un mystère, en dépit de l’enquête menée et des nombreux témoins entendus. L’affaire reste d’autant plus délicate que les médecins n’arrivent pas à s’entendre quant aux causes exactes de son décès. Dans cette enquête, au moins cinq médecins ont officiellement déposé, les uns et les autres se contredisant sur différents points. L’un de ses spécialistes, le Dr Whyte, avait d’ailleurs été spécialement sollicité par David Shattock, alors conseiller de Navin Ramgoolam, pour “autopsier” le rapport de la contre-autopsie du Dr Ramstein. Ce dernier avait été sollicité de la Réunion pour travailler sur le corps de Kaya. Dans ses conclusions, il avait stipulé que Kaya avait été brutalisé. Il avait été contredit par le Dr Whyte. Dans cette affaire, notons que si la veuve a accepté les Rs 4 millions que lui a versées l’État, Véronique Topize milite toujours pour que la lumière soit faite sur les circonstances de la mort de son époux.


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