Sur la route de Bénarès

May 12, 2006 · Print This Article

Premier long-métrage en créole, tourné avec des acteurs mauriciens, Bénarès est un road-movie du romancier Barlen Pyamootoo. La sortie publique a lieu le vendredi 19 mai au cinéma Star2. Dans l’attente, nous vous proposons un avant-goût de cette odyssée nocturne.

Bénarès est presque sans vie depuis l’arrêt des activités sucrières. Dans ce hameau pris dans les moiteurs du Sud, Mayi gagne une grosse somme d’argent aux cartes. Le jeune campagnard propose à son meilleur ami de se rendre à la capitale pour ramener deux prostituées pour la nuit. Nad se laisse séduire par cette sensuelle perspective.

Faubourgs. Ils quittent leur bled pour rallier les faubourgs portlouisiens à bord du pick-up du vieux Jimi. Ils font la rencontre de Zelda et Mina. Quelques paroles sont lâchées avant que ces deux jeunes prostituées n’embarquent dans le véhicule… en route pour Bénarès. L’équipage roule dans une nuit peuplée de revenants et ponctuée de hurlements de chiens errants. Malgré la chaleur moite, les corps se rapprochent tandis que défile le paysage du littoral.

Paradis. Jimi, le vieux chauffeur du pick-up, s’improvise conteur sous le regard attentif de ses passagers. Ils en viennent à parler du passé et de l’avenir aussi bien que de l’amour et de la mort. La conversation dérive jusqu’à l’autre Bénarès, cité sacrée de l’Inde où les Hindous vont mourir pour gagner les portes du paradis.

Double évocation. Au-delà de l’aller-retour où la parole des protagonistes se libère au fur et à mesure, le propos du film semble résider dans le voyage entre Bénarès, le village perdu, et la vieille ville de la Grande Péninsule. Une traversée entre le réel et l’imaginaire.

Trahison. Toute la difficulté de l’œuvre semble avoir été de retranscire à l’écran ce que le roman est à même de faire ressentir. Barlen Pyamootoo disait, dans un entretien, avoir le sentiment de trahir son livre pour les besoins du scénario. À bien des égards, Bénarès reste un film captivant aux charmes désenchantés, sinon énigmatiques. Cette fiction offre en même temps plusieurs lectures possibles.

Critique. Le film a récemment été présenté en France où la critique semble des plus indécises. Tenons en compte que Bénarès décliné en créole pourrait, dans une certaine mesure, ne pas avoir permis une complète appréciation par la critique hexagonale. Certains soulignent la lenteur d’un film minimaliste, guidé par une écriture davantage littéraire que cinématographique, alors que d’autres ne manquent pas de saluer la tranquillité séduisante de la trame poétique dénuée de tout conflit ou tension caractérisant cette fiction. Il semblerait, en tout cas, que Bénarès n’ait pas laissé insensible le cercle fermé des professionnels du cinéma français (voir texte suivant).

Alternance. Pour en revenir à la presse française, il est noté que la bande-son d’Ernest Wiehe est aussi enchanteresse qu’envahissante.

Le poids du roman étant présent dans le film, l’on comprend aisément que les images des paysages nocturnes - où l’on devine la voix du narrateur dans le livre - se déroulent sur un fond de jazz pour combler le vide laissé par le silence des protagonistes… un silence qui se situe dans le prolongement d’une certaine expression du temps.

Nocturne. Dans une nuit rendue présente par le biais des deux prostituées, cette équipée nocturne dépeint un tableau de la réalité mauricienne sur fond d’imaginaire. Une critique sociale est aussi brossée par touches impressionnistes davantage que par une froide analyse de mœurs.

Outre d’être le premier long-métrage mauricien, Bénarès semble aussi servir de pont entre la réalité et un monde parallèle où se côtoient l’amour et la mort. Ainsi, on se rend à Bénarès à la fois pour mourir et pour jouir. À voir à partir du vendredi 19 mai, au Star2, Caudan Waterfront.

Horaires et billets

La sortie publique de Bénarès a lieu dans la deuxième salle du cinéma Star, le vendredi 19 mai, à 11h30. D’autres séances sont prévues aux horaires habituels du Star. Billets en vente sur place et dans le Rezo Ôtayô à Rs 150. Une séance en avant-première uniquement sur invitation et destinée aux officiels, sponsors, à la presse ainsi qu’aux adhérents Ôtayô se tient le mardi 16 mai, à 17h30, toujours au Star. Barlen Pyamootoo ainsi que les comédiens y seront présents pour s’exprimer sur le film et répondre aux questions.

CASTING

Réalisation

Barlen Pyamootoo

Acteurs

Nad (Davidsen Kamanah)

Zelda (Sandra Fao)

Jimi (Jérôme Boulle)

Mayi (Kristeven Mootien)

Mina (Vanessa Li Lun Yuk)

La tante / Maman (Danielle Dalbret)

Scénario & production

Scénariste : Barlen Pyamootoo

Producteur : Joël Farges

Productrice : Elise Jalladeau

D’après l’œuvre de Barlen Pyamootoo

Équipe technique

Compositeur : Ernest Wiehe

Directeur de la photographie : Jacques Bouquin

Ingénieur du son : Bernard Aubouy

Monteur : Annette Dutertre

Mixage : Dominique Vieillard

Monteur son : Vianney Aube

Distribution

Pyramide Distribution, France

Ôtayô pour Maurice

Genèse du film

En 1999, Barlen Pyamootoo sortait Bénarès, son premier roman. À l’époque, le livre n’avait aucune prétention cinématographique. Sept ans après, le producteur Joël Farges demande à l’écrivain de lui céder les droits pour le cinéma. Il accepte à condition de pouvoir écrire le scénario. Pyamootoo se charge de la mise en scène également. La transition entre le roman et le scénario prend du temps. Privilégier les images aux textes n’est pas une tâche aisée pour l’auteur.

De l’écrit à l’écran

Barlen Pyamootoo a tenu à être présent à chacune des étapes de son film, pour être sûr que sa vision des choses serait respectée. Il a, donc, assisté au montage, au mixage, au bruitage et s’est investi sur chacune de ces phases.

Actualité

Barlen Pyamootoo travaille sur le scénario d’un polar intitulé L’île au poisson vénéneux. Il s’attelle aussi à l’écriture de Salogee’s, un roman devant paraître en février, en souvenir de sa mère disparue dans des circonstances tragiques. D’autre part, à l’occasion de la sortie de Bénarès en France, la maison des Éditions L’Olivier réédite le roman duquel le long-métrage a été adapté. La première édition avait été faite en 1999.

Pyamootoo, futur classique

Après avoir passé 20 ans en France, où il a été enseignant, Barlen Pyamootoo rentre à Maurice. Il s’installe à Trou d’Eau Douce et se met à écrire. Après deux romans (Bénarès et Le tour Babylone), l’auteur est désigné par le magazine littéraire Lire comme un des écrivains appelés à devenir, demain, des classiques de la littérature.

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