Nostalgie créole, ballades créoles de l’île Maurice
July 27, 2006 · Print This Article
L’album regroupe onze titres, tirés des compositions personnelles de Philippe Nairac, ou Pipo, tel que ses amis l’appellent affectueusement. Certaines datant de ses débuts dans le domaine musical, il y a une trentaine d’années. Même si beaucoup de ses compositions initiales (les plus belles, selon lui) sont écrites en anglais, celles que l’on retrouve sur l’album sont en créole et en français : Kan même to mizère, Ton île, La Cigale, Les doudous, Ti femme, À Rivière Noire, Ti Lambic, Au creux des vagues, Sivé blanc, L’hirondelle, Dan politic. Souhaitant que ses œuvres soient écoutées et ses paroles entendues avant qu’il ne disparaisse avec elles, il décida récemment d’en compiler les meilleures dans un album.
Vécu. Au travers de ses compositions, beaucoup de ses expériences personnelles refont surface. Toutes les chansons de l’album sont tirées du vécu de Philippe Nairac ou d’événements majeurs l’ayant marqué. Les doudous, par exemple, sont ses inventions pour s’amuser. La Cigale relate l’histoire de ce bateau qui prit feu entre Maurice et La Réunion la nuit du 2 décembre 1924 et où périrent beaucoup de passagers. “Je trouve que c’est un drame qui méritait d’être raconté”, précise-t-il. Au creux des Vagues relate l’histoire de sa sœur qui disparut en mer à 28 ans.
Grand nostalgique, Philippe Nairac dévoile ses états d’âme de par ses compositions. Le titre de l’album est révélateur. Toutes les chansons soulèvent un voile de nostalgie que l’auteur cherche à transmettre. Tenant à ce que ses compositions créoles soient chantées de façon particulière, il les interprète lui-même. “Le plus dur est de trouver des successions d’accords produisant une belle harmonie où l’on va pouvoir faire chanter quatre ou cinq personnes”, dit-il.
Romances… Philippe Nairac déplore la disparition des romances créoles de jadis, qui faisaient fureur sur les ondes à une époque. “Maintenant, ce type de musique a complètement disparu de nos radios.” Il évoque La Rivière Tanier ainsi que des chansons de Francis Salomon et Ti Frère. “Heureusement que l’on entend encore un peu de Serge Lebrasse !” D’ailleurs, il voue une très grande admiration à ce dernier, qu’il considère comme étant le meilleur “au niveau musical ainsi qu’en tant que parolier”, et à Éric Triton “pour son panache.”
2e album. “Comme j’ai encore des choses à dire, un deuxième album est en route”, indique-t-il. Entre violon créole, flûte traversière, un peu d’accordéon et d’harmonica (avec son ami Yannick Nanette), l’album ne s’éloignera pas du thème adopté : la romance créole. Donc, très peu de percussion et “beaucoup de chœur.” Cet album s’annonce plus amusant, quoi que douceur et harmonie s’y rejoignent aussi, comme dans le premier opus. Philippe Nairac, qui dit ne pas aimer la musique agressive, recommande aux jeunes “de ne pas se laisser agresser par la musique et de découvrir ce qu’il y a de plus beau en elle.” Cette beauté, selon lui, réside dans “les jolies mélodies et une jolie prose.”
Parcours
Philippe Nairac, auteur-compositeur-interprète de l’album Nostalgie Créole, commence le piano classique à l’âge de 12 ans à la Royal School Of Music. Il en joue pendant six ans. Ainsi débute son incursion dans le monde musical. Vers la quinzaine, il se met à la guitare. Il n’abandonnera jamais la pratique de ces deux instruments, que l’on retrouve beaucoup sur son album, en sus de quelques notes d’harmonica que l’on perçoit aussi. Vers 17 ans, il intègre un petit orchestre dans lequel il chante seulement en backing, sa voix étant moins grave et moins mûre à l’époque.
Pipo trouve un peu triste l’évolution inévitable qu’a subi la langue créole à Maurice. Selon lui, le langage créole d’autrefois était plus riche, plus imagé et beaucoup plus recherché. Cette touche d’ancienneté, il l’apporte aussi à ses paroles. Des mots en créole que la jeune génération risquerait de ne pas comprendre. “On dirait plutôt mo 35 aujourd’hui, au lieu de mo zézère”, indique-t-il. Qu’importe, ce que souhaite avant tout Philippe Nairac est de faire revivre une partie du patrimoine mauricien qui se perd au fil de l’évolution. Car il tient à préserver autant que possible le vieux visage du créole.


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