Michel Legris : Notre Capitaine
March 30, 2006 · Print This Article
La vie de Michel Legris devient un sujet d’étude. Une réalité avec l’ouvrage de Veena Balgobin, chargée de cours à l’université de Maurice.
Ton Michel ne s’en cache pas. Bien au contraire. Il attend la reconnaissance de l’Etat. à 75 ans et quelques tubes, ce vétéran du séga rêve d’une décoration républicaine. Mais c’est du côté du campus de Réduit qu’est venue la reconnaissance. “Mo koir li pli zoli�, souffle Marie Thérèse, “l’infatigable madame Legris�.

Six mois durant, d’août 2005 à janvier 2006, Veena Balgobin, chargée de cours à l’université de Maurice, a “passé plusieurs demi-journées� en compagnie de cet “informateur privilégié�, ainsi qu’elle l’écrit dans l’introduction à Michel Legris, un chanteur, un parcours.
Cet “opuscule� ainsi que le décrit Arnaud Carpooran, chef du Department of French Studies à l’université de Maurice, a été lancé vendredi en prélude à une table ronde ayant pour thème : Tradition orale et pratique populaire à Maurice (voir hors-texte).
“A travers les paroles et les déclarations propres de Michel Legris, j’essaie de dégager ce qui pousse un homme ordinaire à se surpasser pour devenir une figure nationale incontournable.� Tous les efforts de Veena Balgobin sont dans ces lignes. Objectif double car il ne s’agit pas seulement de garder la trace d’une vie de misère et de travail, rythmée par le séga typique d’abord, moderne ensuite. Mais surtout, d’éprouver le processus de traduction du créole au français. Comment rester fidèle non seulement aux propos, tout en respectant sa formulation ? Cette manière de dire si typiquement créole. Si typiquement Ton Michel.
Des mots bleus au quotidien
Un travail pour lequel Veena Balgobin s’est associée à Shakuntala Boolell, responsable du Groupe de recherche en francophonie (GRF). C’est elle qui a “vérifié la fidélité des traductions de la langue source (le créole mauricien employé par Michel Legris) à la langue cible (le français, langue de l’écriture de l’ouvrage.�
Koze Ton Michel. Et ce ne sont pas les histoires qui manquent. De la poésie qu’il a apprise en “bilo� à la passion pour les animaux, en passant par sa femme et les concours musicaux, Michel Legris met des mots bleus sur son quotidien. Celui d’un facteur de ravanne. Qui a su tirer des mélodies marquantes de son instrument.
Veena Balgobin délimite aussi un espace où Michel Legris peut, non seulement dire son message aux jeunes en créole, mais aussi leur laisser trois contes : Dan dibyen enan dimal, Le jeune homme transformé en pierre et L’homme qui avait le don de faire disparaître.
“Par ce travail écrit, je souhaite démontrer l’importance de nos aînés pour la transmission des connaissances culturelles et éducatives.� Objectif atteint pour Veena Balgobin qui laisse déjà entendre qu’elle compte poursuivre ses recherches. Tant mieux pour nos traditions orales.
FORUM
Tradition orale : la reconnaissance de l’écrit
Qu’est-ce que la tradition orale ? “C’est ce qui appartient au peuple. Ces histoires de bonne femme ont une grande influence sur la vie artistique.� Réponse de Shakuntala Boolell, responsable du Groupe de recherche en francophonie (GRF) de l’université de Maurice. Si elle a été lue in absentia par Daniella Police Michel, elle n’en demeure pas moins frappante.
Des propos énoncés lors de la table ronde organisée vendredi à l’auditorium Octave Wiehé par le GRF. L’événement avait pour thème : Tradition orale et pratique populaire à Maurice. Il était inscrit dans le calendrier d’activités marquant la journée de la Francophonie.
Autour de la table : une série d’intervenants – majoritairement des chargés de cours – examinant les portées du conte et du folklore.
“Qu’est-ce qu’il y a après la mort ?� s’est interrogé Maya de Salle Essoo. “Une autre vie, rien, un grand voyage…� demande celle qui a exploré “Le monde des morts : croyances et pratiques populaires en milieu créole mauricien.�
Preuve supplémentaire que “l’oralité, parent pauvre de la culture est mis à l’honneur depuis une décennie�. Constat énoncé par Bruno Cunniah, chargé de cours à l’université de Maurice. Citant Sudel Fuma, de l’université de la Réunion, il a affirmé : “L’ordre du jour est au devoir de mémoire. En analysant les contes d’une civilisation, on accède à son charme, à sa saveur.�
Pour avoir lu entre les lignes de Le conte mauricien de l’entre-deux guerres (1920 – 1950) Yvan Martial, journaliste et historien, en a retenu la “dureté des termes employés� dans ces temps où l’on appelait un chat, un chat. “Même des lecteurs chevronnés, je parle des chercheurs et universitaires, accusent ces romanciers de racisme.�
Prenant la défense des Léoville L’Homme, Auguste Maingard, Savinien Mérédac, Clément Charoux, Marcel Cabon, entre autres, Yvan Martial affirme : “Je crois qu’ils écrivaient avec réalisme. Cette littérature, c’est le revers de la médaille de l’histoire officielle.�
Quoi, ces livres n’existent pas ? Excuse non recevable dira Yvan Martial, en nous renvoyant aux bibliothèques municipales.
Petites histoires émouvantes. Le ton est souvent moralisateur, l’espièglerie y est certaine. A l’instar de celles de Nirmala Unmathallegadoo. C’est avec émotion que cette directrice d’école maternelle à Camp de Masque a parlé de son projet : pérenniser les contes racontés par sa grand-mère née en Andra Pradesh en 1895. “Avec l’âge, je me suis aperçu que des détails changeaient, que d’autres se perdaient. C’est pour cela que j’ai décidé de traduire ces contes mêlant hindi et bhojpuri au français.� Un ouvrage destiné aux enfants, que nous attendons, nous aussi.


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