MICHEL LEGRIS : Le Capitaine sur la vague roots

February 16, 2006 · Print This Article

Dans les bacs depuis décembre, le dernier disque du Capitaine Legris, Bal de fami, montre les différentes facettes de l’ambassadeur du séga typique. Entre séga, ragga et reggae, Michel Legris trouve le juste milieu avec le soutien d’Otentikk Street Brothers (OSB). Il s’entoure aussi de sa famille pour ce projet musical.

Depuis le concours de chant Sugar Time, en 1972, année où il décroche le palme pour son interprétation de Mo Capitaine, Michel Legris n’a cessé de donner de la voix pour faire résonner le séga typique. À l’aube de ses 75 ans, il se dit d’attaque pour des années encore. Plus qu’une passion, la musique est devenue sa raison de vivre. Celui qu’on appelle affectueusement Mo Capitaine n’en finit pas de surprendre. Sur son dernier disque Bal de fami, il étonne plus d’un par son lien avec les rappeurs de Plaisance. Le paresseux dévoile le côté versatile du ségatier. En connexion avec Otentikk Street Brothers (OSB), Michel Legris joue le role du rappeur avec aisance, dit-il. “Je me suis facilement intégré à ce style. La musique est universelle, on doit s’adapter à son évolution.” Outre le ragga, il a aussi touché au reggae avec Daoudkan.

Roots. Pour le principal concerné, cette aventure vers le reggae (Daoudkan) et le ragga (Le paresseux) n’est pas une réelle surprise. “J’ai toujours aimé ce genre de musique que j’ai découvert aux États-Unis. Je me suis essayé à cette sauce grâce à deux compositions d’un de mes profs du primaire. Deux poèmes qui ne pouvaient être interprétés sur un rythme de séga.” Avec l’aide de Patrick Antoine et de Bruno Raya, il met en musique ces compositions qui sonnent agréablement bien sur les riddims proposés. “Je me suis rendu compte que le ragga/reggae était plus approprié pour les deux poèmes et je me suis mis dans le bain de cette influence.” Et Ton Michel donne le ton :l “Le paresseux/ Le paresseux/ Le paresseux amusons-nous d’abord, dit Léon/ Mon devoir, je le ferais ce soir ou demain/ Ce soir, il bâille et dort/ Mais pour faire sa tâche, il va, dit-il, demain pour réveiller le soleil/Et réveiller/ Et là on l’appelle, on se fâche à cette heure encore, il dort d’un plein sommeil/ Moi pas si fou, je fais toujours mes devoirs la veille/Qui toujours remet à demain, trouvera malheur en chemin.”

Ce projet, explique Michel Legris, date de cinq ans. Le seul hic était le producteur. Ce dernier ne voulait point produire un album où le Capitaine faisait autre chose que du séga typique. Ce producteur - dont il tait le nom - l’a, dit-il, exploité sur son précédent album, Dalma Dalma, et trahi sa confiance. “Aujourd’hui, je ne fais plus confiance à certains producteurs”, dit-il, mais ajoute : “Heureusement, il y a encore quelques uns qui sont dignes de confiance !” Avec son présent producteur, Michel Legris travaille actuellement sur la réalisation d’un DVD de ses meilleurs titres (voir hors-texte). Une façon de conserver sa musique sur différents formats.

Affaire de famille. Il est l’épicentre du séga typique. Michel Legris, artiste versatile, montre un autre aspect de son art avec son escapade dans le monde roots, par le biais de Bal de fami. Un album où il réunit sa famille autour de sa musique. Le Capitaine veut “évoluer avec son temps” et le prouve de fort belle manière. Il souhaite aussi assurer sa descendance musicale. Transmettre le flambeau, la flamme séga, à ses enfants avant de faire “le grand saut.” Le passage de micro à ses enfants Josy et Bruno ainsi qu’à son frère Jacques s’est fait en accords parfaits. Le séga est une affaire de famille chez les Legris. On en est conscient en écoutant leurs voix sur Bal de fami. Avec ses deux interprétations, Josy Legris peut prétendre à plus. Idem pour son frère. Les deux montrent des qualités intéressantes qui méritent d’être positivement exploitées. Le petit frère du Capitaine n’est pas en reste. Il sait aussi donner le La au séga, qui se joue toutefois le plus souvent en Sol. “Lavenir assiré”, observe Michel Legris.

L’oublié. Il a donné au séga typique ses lettres de noblesse. Artiste reconnu et respecté pour sa contribution dans la promotion de la musique mauricienne, Michel Legris incarne aujourd’hui le rôle d’ambassadeur de ce style. Si le Capitaine a tout raflé dans sa vie d’artiste, il ne lui manque que la décoration de l’État pour service rendu à la nation et à la culture mauricienne. Pourtant, Motee Ramdass, ancien ministre des Arts et de la Culture, lui avait fait “la promesse”, disait Michel Legris, lors d’un précédent entretien à Scope. Longtemps attendue et évoquée dans notre édition no. 843 (6 -12 avril 2005), la décoration se fait toujours attendre. Des bruits courent que c’est pour cette année… Quoi qu’il en soit, il est regrettable qu’on ait attendu que des voix s’élèvent pour que les autorités daignent accomplir ce devoir. Face à cette situation, l’artiste demeure calme. Il n’est point amer. Pour lui, la musique et le soutien indéfectible de son public lui suffisent. Même si, au fond, cette indiggérence fait mal. Car la contribution de Michel Legris au répertoire du séga typique est inestimable.

Valeur. Nul n’est prophète en son pays. Celui qui, de par sa musique, a voyagé pour distiller des sonorités mauriciennes à travers le globe - États-Unis, Angleterre, Afrique, France… -, constate que “la valeur d’un artiste est sous-estimée à Maurice. Ce n’est qu’ailleurs que l’on voit le respect qui est accordé aux artistes.” Triste conclusion.

Bal de fami

Le voyage de Ton Michel dans l’univers roots délivre un résultat plaisant. Sur Daoudkan, il s’en sort sans casse. Le support vocal de Caroline Joodun-Auckbaraully donne du mordant à la chanson. Sur le ragga Le paresseux, le Capitaine assure aux côtés des OSB. Les musiciens participant au disque sont Jalill Auckbaraully (batterie), Rosano Letourdi (basse), Kong (guitare), Philippe Thomas (trompette) et Caroline (chœur). L’arrangement est signé Kong et Jalill Auckbaraully. Ce dernier est aussi crédité de la prise de son, alors que le mixage est assuré par Shy. Titres contenus sur l’album : Daoudkan, Misié Joe, Le paresseux feat. OSB et Bal de fami (Michel Legris), Sa 17 la et Pou ki fer (Bruno Legris), Pirataz et Zone franche (Josy Legris) et, finalement, Banané et La vie pa fasil (Jacques Legris). En vente chez les disquaires.

Le DVD du Capitaine

Après tant d’années à promouvoir le séga typique, son principal ambassadeur planche sur la réalisation d’un DVD. Michel Legris s’est mis à réunir ses meilleurs titres pour “conserver sa musique en images”, dit-il. “J’aurai ainsi la chance de voir mes clips, car la MBC n’en passe que rarement ceux des artistes mauriciens.” Produit par Scorpio Studio, le DVD comprendra deux titres de son dernier disque, Daoudkan et Le paresseux. L’enregistrement est presque terminé et le bijou sera dans les bacs dans quelques semaines.

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