Menwar SAGAÃ?
June 30, 2006 · Print This Article
Sa musique transperce l’âme. Sur scène, il se déchaîne. À force de persévérance et de foi, Menwar a fini par inscrire son nom dans le registre de la world music en France. Son nouvel album, Ay ay lolo, portant le label Marabi, y a été lancé et les critiques sont positives. Menwar ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il veut porter très haut sa musique et être un digne ambassadeur de Maurice.

“Nou lor enn terin internasyonal. Sa pa vedir nou’n fini gayn match-la. Me, boul dan nou lipye. Nou ki bizin konn zwe pou mark enn gorl pou met Moris lao.” Voilà comment Menwar résume sa récente participation au Festival des musiques métisses d’Angoulême, qui lui a valu les éloges des médias français. Du Nouvel Observateur à Libération, en passant par Le Monde et France Inter, entre autres, les journalistes n’ont pas résisté à l’appel du sagaï. “On n’avait pas entendu machine de rythme aussi puissante, émouvante et dansante depuis Danyel Waro”, “Le Mauricien Lelou Menwar… une prestation envoûtante et originale”, ont-ils écrit notamment. La deuxième participation à ce festival a été la bonne. Menwar a désormais son nom inscrit dans le registre de la world music et fait la fierté de nombreux Mauriciens.
Album. Pour le principal concerné, pas question d’avoir la grosse tête. Même si une certaine satisfaction se lit dans son regard, il refuse de goûter à lui seul les fruits du succès. “Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont soutenu et qui ont cru en ma musique. Ceux qui m’ont aidé, quelque soient leurs moyens et, surtout, mes musiciens, pour leurs efforts constants.”
Menwar n’est pas revenu les mains vides non plus. Son nouvel album, Ay ay lolo, portant le label Marabi, a été lancé à Paris, lors d’un concert au New Morning. C’est ce qui a, sans doute, fait la différence par rapport à sa première participation au Festival des musiques métisses d’Angoulême, en 2004. Avant même l’arrivée du groupe, tous les médias avaient déjà reçu l’album et avaient une idée de la musique de Menwar. D’où leur intérêt par la suite.
Pour cet album, Christian Mousset, le directeur du festival et du label Marabi, a fait le déplacement jusqu’à Maurice pour voir Menwar et ses musiciens en studio. “Il avait entendu l’album Pop Lekonomi et m’a réclamé quelque chose de plus acoustique. Je l’ai alors invité à venir écouter le travail que nous avons fait depuis. Ma musique repose essentiellement sur une base électro-acoustique. Nous avons fait une liste de chansons et nous avons demandé à Christian Mousset de faire son choix. Finalement, il a tout aimé.”
Promo. Qui dit album, dit aussi promotion. Avant de se rendre à Angoulême, Menwar et ses musiciens, accompagnés de Percy Yip Tong, ont passé deux semaines en Charente, dans le cadre des activités décentralisées du festival. Au programme : des cours de ravanne, démonstration de cuisine mauricienne et des échanges avec les habitants. “C’était une expérience très enrichissante. À chaque fois que les enfants me voyaient, ils criaient ” Lelou Menwar, Lelou Menwar “. Ils tenaient à venir nous dire bonjour avant d’entrer en classe.”
Comme pour faire taire les critiques à l’effet que ses déclarations à la presse française ont rabaissé l’image de Maurice, le chanteur précise qu’il était en France pour promouvoir son pays et non le contraire. “Je n’ai pas besoin de parler pour que les gens sachent ce qui se passe à Maurice. L’info, qu’elle soit positive ou négative, est à la portée de tous. Je parle comme je chante. C’est à chacun de savoir ce qu’il fait, ce qu’il dit. Il ne faut pas attendre que surviennent les problèmes pour parler de société à deux vitesses.”
En revanche, ce qu’on dit moins, regrette Menwar, c’est qu’à travers sa musique et sa participation aux ateliers, c’est la culture mauricienne qu’il met en avant. “Je n’ai pas dépensé des millions en spots publicitaires, mais très humblement, à travers les différentes activités, je crois avoir fait la promotion de mon pays. Par exemple, en Charente, avant même notre arrivée, les enfants avaient eu des cours sur Maurice. Nous, nous avons partagé au niveau de la culture.”
Fierté. Plus que cela, Menwar parle de la fierté des Mauriciens établis en France, venus le voir sur scène. “Ce n’était pas la foule des bals mauriciens, mais il y en avait quelques-uns quand même. Des musiciens comme Mike Armoogum et Linley Marthe ne sont pas allés jouer pour venir nous voir au New Morning. C’est un grand encouragement.”
Porter haut la musique mauricienne, c’est désormais la responsabilité qui repose sur les épaules de Menwar. Après un passage au festival Sakifo à La Réunion en août, Sagaï mettra le cap sur l’Espagne, pour le WOMEX, le plus grand rendez-vous de la world music, prévu pour octobre. “Sur 600 candidats, ils en ont sélectionné 25 et nous en faisons partie. C’est dire l’enjeu de ce festival.” Des négociations sont également en cours pour une tournée aux Caraïbes vers la même période. En décembre, le groupe jouera au festival Africolor, à Paris. Menwar et les siens se prépareront ensuite pour la grande tournée promo de l’album Ay ay lolo, prévue pour juin-août 2007 et placée sous la responsabilité de Run Productions, une référence en matière de world music.
Percy Yip Tong : “Le premier Mauricien à atteindre ce niveau”
Percy Yip Tong est un homme heureux. Tous ses efforts pour faire connaître Menwar à l’étranger rapportent aujourd’hui leurs fruits. “Jouer au WOMEX est la plus grande consécration pour tout groupe de world music. Tous les professionnels seront là , il y a de grosses opportunités de contrat. Menwar est le premier Mauricien à atteindre ce niveau.”
Pour jouer dans la cour des grands, le groupe s’est professionnalisé. Demandez à Menwar la date de son prochain concert, il vous renverra à Percy Yip Tong, son manager. Lui, ne s’occupe désormais que de la musique.
Avant le rendez-vous du WOMEX, à Séville, Espagne, Percy Yip Tong tentera d’amener la bande aux Caraïbes. “Il y a déjà eu des négociations en ce sens. A priori, c’est confirmé, mais je préfère que tout soit sur papier avant de me prononcer.” Cette escale dans les îles, particulièrement à Saint-Domingue, a une importance capitale, dans la mesure où elle permettra de faire connaissance avec les professionnels nord-américains. “Comme Menwar est très bon sur scène, je suis sûr qu’il va faire bonne impression.”
Parlant d’Angoulême, Percy Yip Tong est d’avis que le nouvel album a été d’une grande aide. D’autre part, Menwar lui-même, fort de l’expérience de 2004, était mieux rodé, notamment pour les interviews à la presse. “Il a donné une trentaine d’interviews en trois jours”, précise-t-il. Finalement, le fait que le groupe se soit stabilisé et que les musiciens aient travaillé ensemble pendant deux ans a permis un meilleur résultat. “Je suis d’avis que ça va aller en s’améliorant.”
Concert
Menwar sera en concert pour le public mauricien le vendredi 21 juillet, au Théâtre de Port-Louis. Pour cet événement, Cyper Produktion travaille en collaboration avec le Centre Charles Baudelaire. Si tout se passe comme prévu, l’album Ay ay lolo sera lancé à Maurice à cette même occasion. Explications de Percy Yip Tong : “L’album qui est sorti en France coûtera très cher à Maurice s’il est vendu tel quel. En accord avec Marabi, nous allons sortir une version adaptée au marché mauricien.” Le prix du billet pour le concert n’est pas encore connu. Là encore, Percy Yip Tong dit être en négociation pour qu’il soit accessible au grand public.


Comments
Got something to say?