Hassen Rojoa - Ze Animator
May 5, 2006 · Print This Article
Après un premier passage à la télé… après avoir secoué les antennes des radios, il revient conquérir l’univers cathodique. Attention, téléspectateurs ! The Animator s’invite dans votre salon. Cette fois, il est au volant d’une voiture rouge… et il entend poser des questions ! Mais, derrière l’animateur admis au vedettariat hertzien, qui se cache derrière la barbichette d’Hassen Rojoa ? Nous avons kestionné le principal intéressé.
Qu’est-ce qui vous motive le matin ?
Ce sont les auditeurs. À la radio, ce sont, avant tout, les auditeurs qui nous font devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Ma motivation est cette interaction qui existe entre eux et nous… le bonheur que nous leur apportons.
J’arrive à la radio vers les cinq heures du matin à peu près. J’ai une équipe qui travaille avec moi et qui se charge de la programmation musicale ainsi que d’une grosse partie du travail. Je me charge de deux rubriques : La fausse interview et Wake-up intelligent.
Les auditeurs sont-ils en demande de ce type de jeu ?
C’est une chose très légère qui joue sur plusieurs tableaux. Une parodie de l’actualité sous forme de jeu. Ce n’est certainement pas à prendre au premier degré… mais, plus au dixième degré ! Aux auditeurs de déchiffrer la chose. Mais, il n’y a rien d’hyper sérieux.
La chose la plus émouvante qui vous soit arrivée ?
La naissance de ma fille aînée qui a dix ans maintenant. Elle s’appelle Hanna. L’arrivée d’un enfant est quelque chose de très émouvant et je voulais avoir une fille.
C’est vrai que je ne suis pas aussi disponible comme peut l’être un autre papa parce que j’ai une série d’activités, mais, quand je suis avec mes enfants… je suis avec mes enfants. (Ndlr : Hassen Rojoa est père de deux filles et d’un garçon).
Votre principal trait de caractère ?
Depuis six mois environ, je suis à la tête de ma propre compagnie : Copy Left et Kalisto Entertainement… avec des salariés, des hauts et des bas, sans parler des problèmes qu’il peut y avoir. Mais, en règle générale, je suis le même qu’à la radio. Je n’ai pas une personnalité en privé et une autre à l’antenne. C’est vrai que quand on fait de la radio, il faut être capable de faire un peu de cinéma… acting ! On ne peut pas, non plus, avoir une personnalité introvertie et venir à la radio pour faire de l’acting. Il faut avoir une sorte de liaison quelque part.
Donc, ma personnalité est à peu près pareille qu’à la radio. Je suis une personne très simple. Je sais où je suis arrivé… mais, je n’oublie pas que je suis passé par des moments difficiles. Cela me motive à toujours aller de l’avant.
Je viens d’une famille modeste de Vacoas. Mon père travaille toujours au CEB. Ma mère vient d’une famille un peu plus aisée de la capitale. J’ai été élevé en partie par ma grand-mère. Mon père n’avait pas beaucoup de moyens, mais il voulait que je fasse médecine. J’ai préféré faire des études de psychologie et, après, je suis tombé dans la radio. Je n’ai pas eu une vie grandiose. Il a toujours fallu faire des efforts et se battre.
Qui considérez-vous comme une personne digne d’admiration ?
Le Dalaï Lama, que j’ai eu la chance de rencontrer. C’était lors d’une conférence de presse à la mairie de Bordeaux, en 1992. Je travaillais dans une radio qui s’appelle Wit Fm. On m’a envoyé là-bas parce que tout simplement, je parle anglais. J’étais arrivé cinq minutes en retard et me suis assis devant le Dalaï Lama.
À la fin de la conférence, il est venu vers moi pour me serrer la main. Il m’a dit : “You come from home ?” Il pensait que je venais de l’Inde. Je lui ai répondu que je venais de Maurice. Ce fut un moment magique ! Quand je suis sorti de là, j’étais comme sur un nuage… Il dégage une personnalité extraordinaire.
Votre artiste favori ?
J’aime bien Philip Glass. Il a fait beaucoup d’albums avec Ravi Shankar. Il a ramené des touches d’Occident dans la musique orientale. Je l’ai découvert quand j’ai commencé la radio dans une radio universitaire à Bordeaux, en 1989 ; j’animais une émission hebdomadaire sur la musique classique indienne.
À Maurice… j’ai beaucoup d’admiration pour Alain Ramanisum qui a révolutionné le sega, également Didier Clarel. Ouais, j’ai beaucoup d’admiration pour ces deux artistes !
Que considérez-vous comme votre plus grande réussite ?
Mes enfants. Ils sont la plus grande réussite de ma vie. Quand je regarde mes enfants, je suis fier.
Et professionnellement ?
Quand on arrive au niveau où je suis avec tout ce que j’ai vécu dans ma vie… bien évidemment que c’est une réussite. Cependant, je dirais plutôt que c’est un cheminement. La réussite, ça n’existe pas. Du moins, en ce qui me concerne en matière professionnelle. C’est un chemin à parcourir qui m’amène à un certain niveau…
Votre plus vif regret ?
Je n’ai pas de regrets dans la vie. Il y a une expression qui dit : “Il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets.” J’ai essayé de faire tout ce que j’ai voulu professionnellement : j’ai fait de la publication, j’ai travaillé à la radio, j’ai été un des premiers à faire du commerce électronique, j’ai fait tout ce qui m’est passé par la tête… Je n’ai aucun regret.
Quel talent aimeriez-vous le plus avoir ?
J’ai toujours voulu dessiner, mais je suis médiocre en dessin. J’ai toujours voué une appréciation aux caricaturistes. Mo konn zis desyn pye coco, samem tou.
Et plus sérieusement ?
La sagesse est arriver à un stade où qu’importe ce qui peut arriver dans la vie, ça ne m’affecte pas… au sens propre du terme. Un certain détachement.
Votre rêve le plus fou ?
C’était un rêve en commun que j’avais avec un ami : acheter un taxi new-yorkais et descendre jusqu’à Ushuaia, à l’extrême sud de l’Amérique.
Votre plus grande peur ?
C’est la peur de Dieu. Je suis très croyant et très spirituel, même si mon image et mon aspect extérieur ne le montrent pas. L’habit ne fait pas le moine. Je crains mon créateur.
Votre plus grande interrogation ?
Que sera demain ?
Si vous pouviez changer une chose dans le monde ?
Je changerais le monde carrément. Il y a beaucoup de choses à changer : la cupidité, la connerie humaine prise dans le matérialisme, au détriment du côté humaniste.
À part la canne à sucre et les préjugés, que cultive-t-on à Maurice ?
On cultive le ragot. S’il existait un marché de ragots, Maurice serait le premier pays exportateur au monde. Sans savoir de quoi ils parlent et sans connaître la personne dont ils parlent, les gens se permettent de dire beaucoup de choses. Heureusement qu’on est entouré d’eau !
Ce que vous détestez le plus ?
Certaines de mes émissions en début de semaine. Parce que je les trouve nulles ! Je trouve nul tout ce que je peux dire et tout ce que je peux faire. Il y a des jours où je déteste tout du début à la fin : le punch, la façon d’animer… ce que j’ai pu dire à un auditeur, alors que j’aurais pu dire autre chose. Je suis très en colère contre moi-même.
Votre défaut ?
La perfection.
Votre devise ?
Encore une fois : il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets…
Quelle trace voudriez-vous laisser derrière vous ?
Je n’ai pas envie de laisser de traces. J’ai envie que les personnes que j’ai côtoyées à la radio et que j’ai eu la chance de former soient en mesure d’assurer la pérennité du métier.
Si vous rencontrez Dieu, qu’aimeriez-vous Lui dire ?
Quand est-ce que je meurs ? Peut-être pour mettre des claques à des petits cons quand je serai un fantôme ! Je ne citerai pas de noms. Il y en a tellement…
In the car
Après la radio, Hassen Rojoa fait un come-back à 38 ans au petit écran avec l’émission intitulée In the car. Le concept est simple et se décline sous forme d’une interview qui se passe, évidemment, dans une voiture. L’invité s’assoit sur la banquette arrière tandis que Hassen Rojoa joue au chauffeur, roulant jusqu’à la destination que la personne aura choisie au préalable. Pendant les onze minutes que dure l’émission, l’animateur interviewe son invité… pouvant être une personnalité ou autre personne ayant une certaine success story. Il lui parle de tout : de ses goûts, de ses couleurs, de sa carrière… À découvrir les samedis, à 16h45, sur MBC1. Une rediffusion aura lieu selon toute probabilité les mercredis, à 19h20, sur MBC2. In the car : production signée Copy Left Ltd.
Du rififi on air
Animateur très en verve et en vue perché sur les antennes radios, Hassen Rojoa a fait presque tout le tour des stations privées de l’île. Raison invoquée : parce que dans le métier d’animateur, il est monnaie courante de changer de poste et de ne pas rester ad vitam æternam sur la même fréquence. Un parallèle est dressé avec les joueurs de foot de première division qui changent d’équipes pour évoluer.
Notre Zidane de la radio est passé de Radio Plus à Top Fm pour revenir à Radio Plus, parce que la situation était redevenue favorable… Après une montée en puissance, Hassen Rojoa devenait The Animator. Il quitte la station de la rue Labourdonnais pour monter sa propre équipe (Copy Left) et produit une émission qu’il vend à Radio One. Celle-là même qu’il anime chaque matin.
L’animateur de la tranche matinale est apprécié autant qu’il est décrié… en raison d’une certaine légèreté frisant parfois, selon les appréciations, les limites de la vulgarité. Hassen Rojoa n’en démord pas. Il dit trouver un peu bizarre une situation où tout le monde l’apprécierait. Philosophe, il est d’avis que du moment qu’on parle de lui en bien ou en mal… cela lui fait de la pub.
Hassen Rojoa attribue la mésestime que lui portent certains à des a priori sur sa personne. Il n’exclue pas, non plus, que ce qu’il dit dérange certains. “Quand on dit un peu fort à la radio ce qui se dit tout bas sous les bureaux, on dit que c’est de la vulgarité. Cessons l’hypocrisie ! Taxez-moi de légèreté, il n’y a absolument pas de problème.” Il rappelle avoir un certain bagage radiophonique depuis 1989, alors qu’il étudiait la psychologie à Bordeaux. On le retrouve par la suite sur Wit Fm, Radio France, France Inter et NRJ. Entre temps, il réalise notamment des interviews de Tariq Ramadan, du médecin personnel du Dalaï Lama, de David Bowie, du PDG de Radio France Jean-Marie Cavada…
Le public mauricien découvre Hassen Rojoa, de retour au bercail, dans l’émission télévisuelle Parlons-en. On le taxe d’imiter Jean-Luc Delarue, alors que le concept de Ça se discute est inspiré d’une chaîne américaine, précise-t-il. Et le revoilà à la téloche au volant de sa voiture rouge. Hassen… on aime ou on (n’) aime pas !


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