Eric Triton : prophète en son pays

August 17, 2006 · Print This Article

Le bluesman Eric Triton va mettre en chantier son nouvel album qui comprendra 13 morceaux. Au rythme du blues créole ou de l’afro funk, le chanteur et guitariste continue à interpeller les Mauriciens sur les dures réalités de la vie de tous les jours.

Ses chansons sont déjà prêtes. Il en interprète d’ailleurs un certain nombre déjà, à chacune de ses sorties publiques, que ce soit au Centre Vivekananda ou à Tamarin Hotel. Mais elles seront préparées à une sauce spécialement concoctée par deux chefs venus d’ailleurs. L’un, Ernest Rangling, est une légende vivante de la musique jamaïcaine. Ce guitariste magique fit partie du Eric Deans Orchestra, aux côtés du tromboniste Don Drummond. L’autre, Sam Hills, lui aussi guitariste, est l’homme derrière une femme, elle aussi magique : Susheela Raman. La magie devrait donc être l’un des éléments primordiaux du nouvel album d’Eric Triton…

Le bluesman entrera en studio début de 2007. Il y restera quelques bons mois, avant de sortir l’album aux alentours de juin 2007. Ernest Rangling et Sam Hills viendront le rejoindre au début de l’année prochaine. Ce sont eux qui réaliseront l’album. “Je n’ai jamais travaillé avec eux. Ce sera une surprise totale�, laisse échapper Eric Triton, de sa voix doucement rauque. Il aimerait en profiter pour leur faire découvrir les facettes d’un pays qui décidément lui colle vraiment à la peau.

Car tout devrait se passer dans un campement à Flic-en-Flac ou alors à Tamarin… Eric Triton est très sensible à ces lieux, leur magie et aux gens qui y transitent ou bien qui s’y sont ancrés. Et pour lui, enregistrer un album, c’est se mettre avant tout dans un état d’esprit particulier. “Nous devions faire l’album en Jamaïque. Mais ici, il aura plus de couleur locale. Car pour moi, l’important c’est ce que je ressentirai à ce moment précis�.

Et, en ce moment, Eric Triton ressent un tas de choses. Par rapport aux dures réalités mauriciennes : le déficit éducatif, l’alcoolisme, la toxicomanie. “Il est important pour moi d’être ici pour mieux comprendre. J’ai l’impression qu’il y a un tas de choses qui sont dites mais qu’il n’y a pas grand-chose qui est fait�, laisse tomber le bluesman.

Il veut jeter tout cela à la face de ceux qui l’entourent et du monde en général. Car si son album sera bien évidemment local, il sera aussi international. Après avoir été produit par Universal, Eric Triton va voler de ses propres ailes et envisage même de créer un label… Avec l’aide de son manager Philippe Caponi, toujours omniprésent.

Mais en attendant, le bluesman Mauricien s’entoure. De ceux qu’il aime. Sur l’album, comme dans ses concerts, il aura avec lui ses mêmes complices. Johnny Joseph sera à la batterie, Fred Grenade à la basse et Philippe Thomas aux cuivres. “Plus pourquoi pas quelqu’un comme Steve Deville ?� avance Eric Triton, avec un clin d’œil pour celui qui a grandi (musicalement et humainement) avec lui. Guitariste, comme lui, enfant des faubourgs de Rose-Hill. Et qui représente l’autre penchant de l’afro funk mauricien

Toute la misère du monde sur les épaules

Avec Ernest Rangling et Sam Hills, le tout formera un ensemble pas si blues, plus rythmé, avec une prédominance pour l’afro funk qui puisera ses ressources aussi loin que le… ska et même le séga, s’il arrive à se frayer un chemin. Ce qui n’est pas automatiquement la priorité d’Eric Triton. “ J’ai réussi à confirmer qu’il y avait bien du blues à Maurice alors qu’on voulait qu’il n’y ait que du séga�, insiste Eric Triton avec flamme. Un feu qu’il veut transmettre plus au cœur des gens qu’à leur corps…

Le feu sera mis par le KGB, le Kreol Groove Band. Ce sera aussi le nom de la formation qui s’assurera que le message passe bien, parmi les jeunes et les moins jeunes. Un message en 13 titres dont les principaux sont L’art vaincra, Non à la drogue, Aret asize bwar, Zen, Pu pa mor kuyon ou encore Vinn gete qui pourrait être le morceau-titre du nouvel album.

Eric Triton ne craint pas de porter toute la misère du monde sur ses épaules. Après 14 ans de scènes, plusieurs albums et une tranche de vie passée à l’étranger, le bluesman mauricien sait qu’il peut encore donner. Beaucoup. Il rejette le commerce musical. L’art lui sert de tremplin.
eric triton
“Lorsque tous les problèmes seront résolus, alors seulement je me mettrai à chanter Maurice mo zoli pei�, lâche-t-il, un peu comme un prophète. Eric Triton serait-il en train de devenir un prophète en son pays ?…

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