Bénarès : Décryptage : Voyage vers l’amour et la mort

May 12, 2006 · Print This Article

Voyage vers l’amour et la mort

L’écrivain-cinéaste raconte l’odyssée entreprise par les protagonistes de Bénarès sur le chemin d’un voyage à la fois physique et métaphysique. Barlen Pyamootoo parle également de la nuit mauricienne traversée de femmes aux mœurs légères.

La nuit est absente à Maurice, sauf pour une classe privilégiée. À cela s’ajoute la perception que seules les femmes de mœurs légères sortent le soir. Bénarès met en scène une réalité mauricienne et rend les femmes présentes dans la nuit, sans écarter la connotation sexuelle que cela comporte.

Prostitution. Sans vouloir faire la critique de la société mauricienne, le film donne à voir, à travers le personnage de l’adolescente Zelda, une peinture impressionniste de la prostitution infantile qui prévaut dans les quartiers pauvres de l’île. À ce stade, il est question de l’hypocrisie qui entoure le phénomène de la prostitution des mineurs.

Perdition. En même temps, le film raconte la vie de ces deux hommes qui vivent dans le village reclus de Bénarès et dont le destin fera que leur chemin croise celui de deux filles aussi perdues qu’eux. Barlen Pyamootoo dit vouloir parler de la “fêlure” de ces jeunes de même que de celle du vieux Jimi.

Fêlure. L’écrivain-cinéaste élabore. La fêlure du vieux Jimi, explique-t-il, est la perte de son emploi dans l’usine sucrière de Bénarès qui a fermé ses portes. Dans le film, ce personnage évoque le Bénarès d’antan qui n’existe plus… sinon qu’en lui. Pyamootoo donne aussi en exemple la fêlure du personnage de Nad qui réside dans la solitude dans laquelle est plongé ce hameau. “C’est pour cela qu’il va parler de l’autre Bénarès.”

Mensonge. Nad évoque l’autre Bénarès dans une volonté de séduction. Il va jusqu’à inventer un voyage entrepris dans la ville sacrée alors qu’il n’a jamais quitté Maurice. Il donne à penser que son Bénarès n’est pas qu’un trou perdu dans le Sud. Ce mensonge, cependant, va porter le voyage… si ce n’est le film.

Dualité. Le trajet jusqu’à Bénarès prend alors une autre dimension. Le pick-up roule vers l’amour mais aussi vers la mort. Ceci par l’évocation de la ville sacrée où l’on se rend au crépuscule de la vie pour atteindre le paradis. “Un double voyage : physique, en allant vers l’amour avec ces filles et métaphysique, par l’évocation de la mort.”

Vision. Le cinéma est un rêve pour l’écrivain qui ne s’imaginait pas réaliser un film. Avoir touché à la caméra lui a permis d’avoir une double vie professionnelle : l’écriture et la réalisation. Cela, dit-il, lui donne une double vision du monde. “Tout en sachant que ces deux visions peuvent être proches mais différentes.” Outre le stylo, se retrouver derrière la caméra l’enrichit, relève-t-il.

Reconnaissance

La sortie de Bénarès dans la salle mythique de Saint André des Arts, à Paris, puis dans plusieurs villes de province, a permis à Barlen Pyamootoo d’être reconnu par le cercle fermé du cinéma français. Ce qui lui a d’ailleurs valu d’être approché par un producteur souhaitant financer son prochain film. Ce deuxième long-métrage, prévu pour l’année prochaine, est un polar intitulé L’île au poisson vénéneux.

Musique. Barlen Pyamootoo envisage d’ores et déjà de travailler avec le même directeur de la photo que celui de Bénarès ainsi que le compositeur de la bande-son, Ernest Wiehe. Sa musique, concède l’écrivain-cinéaste, est au film ce que le narrateur est au roman. Elle rallonge ou contracte le rythme du temps.

Émotion. Parlant de son état d’esprit à la lumière de la sortie prochaine du film adapté de son roman, Barlen Pyamootoo avoue éprouver une certaine émotion si le public mauricien est nombreux à aller voir Bénarès et à l’apprécier. Avant d’abandonner cette fiction pour se consacrer à autre chose, le réalisateur ira présenter sa création, notamment en Belgique et en Afrique du Sud.

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