Senfoni : Cocktail d’émotions
December 1, 2005 · Print This Article

Le rap et le R&B s’entremêlent avec le duo Senfoni. Hansley Antoine et Michael Argot combinent leurs talents et signent Dédicaces. Un album couleur métisse, saveur exotique et aux émotions tactiles. Une dédicace à l’union des sons.
Deux potes, une passion. Hansley Antoine, rappeur ayant fait ses armes à l’école de l’Union Tribal Clan (UTC), passe à une autre étape musicale avec Senfoni, où le rap rime avec le blues. Michael Argot, le deuxième élément du groupe, apporte avec sa voix veloutée un flot de fraîcheur au rap. Après des études en musique, en Afrique du Sud, la voix soul de Senfoni se décide à tracer sa voie. En connexion avec Hansley, le projet Dédicaces se concrétise. “C’est venu naturellement. Il a fallu de peu de chose pour donner sens à cet album. Le mélange de styles s’est fait tranquillement”, dit Michael Argot.
Dédicaces. À travers sa musique, Senfoni revendique ses origines. Une musique portant les sceaux de Résidence Kennedy et Cité Candos. Le rap et le R&B se rencontrent. Le flot qui en découle ouvre une fenêtre vers la libre expression.
Cet album, selon les auteurs, traduit des émotions. Il est aussi une dédicace à la musique et aux thèmes abordés sur le disque. Sur une sonorité soft, où le rap est doux et le R&B, poétique, Senfoni annonce la couleur de sa partition. Les sujets tournent, virevoltent autour de l’amour. Michael Argot, le loverman de Senfoni, est la voix qui donne le rythme du blues, alors qu’Hansley Antoine est la réplique rap. Membre de l’Union Tribal Clan, ce dernier possède un coup de plume tranchant, avec des vers qui hurlent l’angoisse des jeunes de la cité.
Cocktail. Senfoni est loin de la citation de Victor Hugo : “… Symphonie aurorale que les vieux poètes appelaient le renouveau”. Celle d’Hansley et Michael est un ensemble de musiques réunissant le R&B et le rap, le bon et le méchant de la black music… On y retrouve une harmonie et un ensemble plaisant, mais l’album va au-delà de cette étape. Il transcrit des émotions saupoudrées d’une saveur épicée, de mots doux-amers, livrant un dénouement poignant. Les deux artistes aux influences opposées posent sur un cocktail de sons issus du black music world.
Connexion inter. En invitant des rappeurs internationaux sur son premier disque, Senfoni s’ouvre vers d’autres espaces et fait la promotion du plurilinguisme du rap. Un phénomène planétaire. Sur Dancehall fever avec Hostyle & Kris, le duo fait un alliage de dancehall et R&B. Senfoni connexion (Freestyle) est une remise en question du rap local, de son identité et de sa position. Le rap à l’état pur. “Ici, il n’y a pas de place pour les bouffons/pour les photocopies.” Le ton est donné. On retrouve sur ce titre les rappeurs de N.A.S Possi et de l’union Tribal Clan, notamment le percutant Iris Kenza, le tchatcheur malgache. “On a voulu évoluer avec des artistes de l’underground pour ce premier jet afin de ne pas oublier d’où on vient. C’est important”, dit Hansley Antoine. Le duo veut aussi démontrer par cette action que les rappeurs sont soudés, contrairement à ce qui se dit à ce propos.
Rap mauricien ? Sous les denses accords du ragga, le rap trouve-t-il sa place au soleil ? Hansley Antoine est d’un avis positif. “En se débarrassant d’une certaine mentalité, le rap sera plus fort. Le rap local a son identité, mais il lui faut une bonne combinaison pour qu’il puisse prendre son essor” dit-il. Toutefois, il demeure qu’entre la promotion du rap et la compétition entre rappeurs, l’amalgame est récurrent, engendrant ainsi une stagnation de ce courant musical. L’effet boomerang, comme dirait l’autre. À qui la faute ? Une autre question sans réponse.
Autre facteur qui entrave l’évolution du rap local est la connotation de violence associée à ce style. Or, note Hansley Antoine, le contexte à Maurice est différent du rap qu’on voit en France ou aux États-Unis. Le rap est un mode d’expression qui évolue et s’adapte à une culture de vie.
Culture négative. Si le rap est un vecteur des maux, Senfoni, avec son métissage de sons, attribue à ce style une autre facette. Plus souple, aux frontières de l’écrit romanesque. Le duo privilégie l’émotion. Il ne veut pas provoquer ou dénoncer par le biais de sa musique. Senfoni se fait neutre. Pas d’apologie de l’herbe, aucune incitation allant contre la loi. Le rap est en déliquescense ? Non, dit Senfoni. “Il faut être responsable des messages qu’on véhicule et en assumer les conséquences”, dit Hansley. Ce dernier constate aussi que trop souvent, les revendications sur des thèmes d’actualité - drogue, sida, brutalité policière… - deviennent des thèmes commerciaux pour certains. “Nous, nous transmettons à travers notre musique ce qu’on a vécu et rien de plus.” C’est un choix, dit Senfoni.
Dédicaces
Dédicaces est un disque fait maison. Le duo Senfoni a concocté l’album dans un cercle restreint avec les moyens de bord. Cela ne le discrédite pas pour autant. Loin de là. Le son sur programmation est appréciable. Hansley Antoine et Michael Argot distillent une musique qui dégage de l’émotion, un peu d’interrogation et beaucoup d’amour. Entre électronique et acoustique, le duo trouve le juste milieu. La partie acoustique est de Noam Phaësie, alors que Ludovic Ozeer et Jonathan Boncœur sont au clavier. La prise de son, le mixage et la production musicale sont de DJ Elektro & DJ Sekz (Ultra Sound Lab) et Jonathan Boncœur (Thugs Life Studio). Ce dernier assure aussi le mastering de l’album. Dédicaces comprend la participation vocale de divers artistes de l’underground, notamment Steeve, Hostyle (93, Sarcelles, Paris), Kris, MordikisS (Minist’R 2P), Scalpa, Psyko, Djamal & la Panthère Noire (N.A.S Possi), Iris Kenza (Union Tribal Clan) ainsi que l’humoriste-rappeur Thierry Françoise. L’album est produit, édité et distribué par Freeman Production de Selven Moothoocarpen. La conception graphique est de MC Design. Photographie, Jameel Peerally. Dédicaces, bientôt disponible dans les bacs.


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