Sandra… entre parenthèses
August 15, 2005 · Print This Article

C’est bien une parenthèse qu’ouvre Sandra Mayotte avec la sortie de son tout dernier album intitulé… Parenthèse. Que renferme, donc, cette parenthèse qui s’inscrit inopinément dans la carrière de l’artiste ? Sans doute, le meilleur d’elle-même ! Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas le raffinement qui manque. À découvrir, donc. Pour l’heure, la chanteuse est soumise à notre Kestionnaire.
Qu’est-ce qui vous motive le matin ?
Définitivement, les auditeurs de Radio-One car je suis celle qui a la lourde tâche de les réveiller à 5h du matin. Donc, je suis bien obligée d’être moi-même motivée. Je me réveille vers 4h, mais je ne m’endors pas avant 11h. Ma journée commence avec la radio et se termine avec la musique. J’ai tout le temps des journées très chargées… je bouge beaucoup.
La chose la plus émouvante qui vous soit arrivée ?
Les naissances de mes enfants ont été des moments d’intense émotion. Un autre moment émouvant est quand j’ai reçu le Cora Award. C’était en 2001. Un petit rien peut me toucher et me faire pleurer. Par exemple, quand je vois chanter mes enfants. Je ne peux pas voir chanter les enfants… Je ne sais pas, d’ailleurs, pourquoi on m’a choisie pour faire partie du jury de Ti-mambo. Je pleure tous les week-ends, même après l’enregistrement, quand je regarde à la télé. Je suis très sensible. Quelqu’un me fait un compliment, m’offre quelque chose en cadeau… je pleure. Gelar ! gelar-gelar-gelar !
Votre principal trait de caractère ?
Je suis quelqu’un qui adore relever les défis. J’adore ça. C’est un p’tit peu mon boost, quoi… de pouvoir affronter les dangers. Mais, pas tous : il y a, bien sûr, une certaine limite. J’aime bien cette adrénaline qui monte. J’aime quand il y a des risques à prendre. Et je suis fonceuse. Je pense toujours que je vais réussir là où je mets les pieds.
Qui considérez-vous comme une personne digne d’admiration ?
Je ne peux pas citer vraiment un nom. J’aurais l’embarras du choix. J’essaie de trouver parmi ceux que je côtoie, ceux que j’aime, ce côté justement admirable. Et j’arrive à le trouver dans chacune des personnes que j’aime. Difficile de donner un nom comme ça…
Votre artiste favori ?
J’aime beaucoup Whitney Houston et Gloria Estefan. Whitney Houston… je l’ai perdue un peu, ces derniers temps, parce qu’elle se perd elle-même en ce moment. Mais, disons que pour moi, c’est une diva, une chanteuse que j’ai toujours aimée pour sa voix, son énergie, son charisme.
Gloria Estefan est quelqu’une que j’ai aimée différemment si je compare avec Whitney Houston. Je me retrouve un peu dans sa carrière, dans sa vie… elle est passée par des moments difficiles. Je sens que c’est quelqu’un que j’aurais beaucoup aimé rencontrer… en tout cas, j’admire cette femme.
Je peux rester un mois à écouter le même disque en boucle ; pour le moment, j’écoute du Gloria Estefan… C’est une chanson qui s’appelle… oh la la ! je ne retiens même pas le titre ! Ce n’est pas le titre qui est le plus important pour moi, c’est la mélodie, le texte… En fait, le texte me revient. Mais, c’est en anglais… je ne vais pas chanter en anglais. Je suis très complexée quand on me dit de parler ou de chanter en anglais… j’ai l’impression de le faire très mal. Voilà ! La chanson s’appelle Steal your heart.
Que considérez-vous comme votre plus grande réussite ?
Je n’ai jamais mesuré le poids ou l’ampleur de mes réussites. Je ne peux dire laquelle est la plus grande. J’ai l’impression d’avoir réussi dans ma vie. Mes enfants… pour moi, c’est une grande réussite. Je dois dire que j’ai fait presque le tour du monde grâce à la musique et je crois que c’est une grande réussite. J’ai toujours rêvé d’être animatrice radio depuis l’école. J’ai la joie d’avoir réussi ma vie.
Votre plus vif regret ?
Je n’ai pas de regrets. Si j’ai eu des regrets, je ne m’en souviens plus… parce que j’essaie d’oublier ! J’essaie d’oublier les mauvais souvenirs, les choses qui me font mal. Je ne regrette rien jusqu’à présent. Je suis peut-être un peu jeune pour avoir des regrets… Je ne voudrais pas avoir de regrets. C’est difficile, mais, bon… j’aurais tellement voulu ne pas en avoir.
Quelque part, la seule chose que je regrette est de ne pas passer suffisamment de temps avec mes enfants. Je ne suis pas une maman comme les autres… je n’ai pas le temps ni le courage de les punir parce que je suis souvent absente et, quand je suis là, j’essaie de les “gâter” un maximum… un peu trop même, des fois.
Quel talent aimeriez-vous le plus avoir ?
Je ne voudrais pas être prétentieuse, mais disons que je suis de nature curieuse et quand je vois quelque chose de joli - d’ailleurs, j’aime tout ce qui est beau -, je vais essayer de réaliser cela. Si, par exemple, je découvre dans un magazine l’art de faire de la gouache ou des trucs comme ça… ben, je vais m’acheter des pinceaux et essayer d’en faire. Donc, ça m’arrive de temps en temps de vouloir être peintre ou chef cuisinier.
Votre plus grande peur ?
J’ai peur d’échouer, de ne pas plaire aux gens. Par exemple, avant de monter sur scène, j’ai un moment de doute. Je me dis : est-ce que ça se passera bien aujourd’hui ? Je cherche le petit signe qui m’indiquera qu’il y a danger quelque part.
Si vous pouviez changer une chose dans le monde ?
Je changerais les terres arides en un lieu où il ferait bon vivre et où tout le monde pourrait trouver un coin pour vivre en paix.
À part la canne à sucre et les préjugés, que cultive-t-on à Maurice ?
On cultive l’indifférence, l’hypocrisie. Les gens passent leur temps à critiquer les autres, sans vouloir faire des efforts pour réussir dans leur vie. Mais, ça les gêne toujours de voir les autres réussir. C’est dommage.
Et puis, on donne toujours l’impression d’être une île Maurice carte-postale… que tout va bien chez nous… que c’est le petit paradis. Alors que l’on sait très bien que ce n’est pas la vérité ! La preuve : ce qu’on vit en ce moment avec les squatters… On se rend compte que la pauvreté avec un grand “P” existe à Maurice. Et on se dit : est-ce qu’il y a quelqu’un qui s’en est rendu compte ?
Ce que vous détestez le plus ?
Le mensonge et l’hypocrisie. Les gens cultivent, parfois, des relations intéressées. Par exemple, il y a eu des gens qui voulaient tisser un lien avec moi juste pour se dire “Je suis ami à Sandra Mayotte.” Alors que moi, je suis une personne comme tout le monde. J’ai besoin d’amitié, j’ai besoin d’amour. J’ai besoin de vivre comme tout être humain, avant d’être Sandra Mayotte la chanteuse, l’animatrice de radio…
Votre devise ?
Vivre, aimer vivre. Et entre ces deux mots, il y a “travailler, progresser et réussir.”
Quelle trace voudriez-vous laisser derrière vous ?
En tant qu’artiste, j’ai une grande satisfaction du rôle que je joue quand je suis à l’étranger. J’ai l’impression qu’il n’y pas meilleurs ambassadeurs de Maurice que ses artistes. Je pense que je suis en train de contribuer à ma manière au développement de la culture mauricienne et à son histoire culturelle.
Si vous rencontrez Dieu, qu’aimeriez-vous Lui dire ?
Ah… je suis sûre que je perdrais la parole. J’aurais trop parlé toute ma vie ! Je Lui dirais merci pour toute cette chance qu’Il m’a accordée sur terre. Et je Lui dirais d’écouter un p’tit peu plus ceux qui Le sollicitent tous les jours. Je ne sais pas quelle question je Lui poserais… j’espère avoir suffisamment de temps pour y réfléchir !
Ze nouvel Album
Sandra Mayotte ouvre une parenthèse dans sa carrière. Après s’être illustrée en tant que chanteuse de séga, elle s’intéresse à présent à un genre plutôt novateur, du moins, à l’oreille du grand public : la bossa ! Plus raffiné, le tout dernier album de Sandra Mayotte, Parenthèse, pourrait bien être celui qui reflète le mieux la personnalité de l’artiste. Une suave (r)évolution… au pays du séga !
Parenthèse, l’album de la maturité ? Tout porte à le croire. En tout cas, Sandra n’y cache pas son appréciation pour le Brésil et pour les musiques chaudes : un peu jazzy, un peu bossa… une atmosphère plus sensuelle, plus feutrée et toujours ensoleillée. Mais, par un autre soleil que celui que nous connaissons sous nos latitudes. Ainsi, avec précisément un morceau intitulé Brésil, la chanteuse convie à un voyage musical. Et ce n’est, sans doute, pas un hasard si elle reprend, le plus agréablement, un titre de Gloria Estefan… en créole : Nou lamour.
Langoureusement, Sandra Mayotte interprète avec encore plus de maîtrise dans la voix Eski sé sa lamour… qui, selon les bruits de couloir, est pressentie pour être la chanson phare de l’album. Toutefois, de source digne de foi, il nous revient que Brésil pourrait avoir la cote auprès des mélomanes. Une information qui se vérifiera, une fois l’album éprouvé par le public. Sinon, Regret, une chanson sur la tentation écrite par Sandra elle-même, figure aussi sur le CD. “Nous sommes des êtres humains, on se laisse tenter tous les jours par de petites choses de rien du tout. Et, dès fois, par des trucs énormes. J’ai choisi d’aborder le thème de la tentation entre un homme et une femme et la tentation dans son ensemble.” Autrement, les thèmes abordés sont ceux chers à l’artiste : l’amour (ça va de soi), la souffrance, la violence domestique… Une bonne partie des textes a été écrite par l’écrivain-poète Sedley Richard Assonne. À l’écoute, se succèdent slows et ballades entrecoupés de bossa et de jazz très légers.
Présence remarquée de la guitare acoustique pour un album qui se veut musicalement recherché. Ce, tant au niveau de la composition et des arrangements (signés le sieur Gérard Louis) que de la qualité des musiciens, Philippe Thomas et Gino Chantoiseau (pour la touche jazzy), entre autres… Un album résolument pas commercial, et c’est tant mieux ! Disponible à partir de ce mercredi 10 août.
A bit of Ze Woman…
On ne vous dira pas son âge parce que cela ne se fait pas pour une femme. Néanmoins, sachez que Sandra Mayotte est née le 15 septembre 1969 (l’année de la libéralisation du sexe, rigole-t-elle). Ce n’est, peut-être, pas un hasard si elle anime l’émission Sexualité zéro tabou, et, sans doute, encore moins si elle bosse sur une radio libérée. Allez savoir !


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