Natty Jah : Sitole

March 15, 2005 · Print This Article

Avec son premier album, Natty Jah avait réussi un coup de maître, se classant en tête des ventes de disques. Quelques mois plus tôt, il était encore un illustre inconnu pour le grand public. Gardant la tête froide, le tailleur de pierre de Goodlands a continué à travailler sa musique et ses compositions. Deux ans après Vanité, il est de retour chez les disquaires.


Deux années après le succès de Vanité, Natty Jah est une nouvelle fois à l’épreuve du public avec Si to lé. Le deuxième album, permettant de confirmer le potentiel d’un artiste, est toujours très attendu. Natty Jah ne s’en fait pas pour autant. “J’y ai mis tout mon cœur. Je donne ce que je ressens. Ma voix est la voix du peuple. Il y a beaucoup de personnes qui ressentent la même chose que moi, mais ne peuvent le dire. Alors, si Dieu m’a donné une voix pour chanter, il est de mon devoir de m’en servir à bon escient.”

Signes. Qui plus est, des signes avant-coureurs, laissent comprendre, selon lui, que Si to lé arrive à point nommé. “L’album a un côté spirituel et est entièrement consacré à des messages d’amour et de paix. Particulièrement à un moment où la violence sous toutes ses formes affecte notre société. En plus, le single est lancé au même moment où Radio One organise l’événement 100 000 bougies contre la violence. Pourtant, nous n’avons eu aucun accord à ce sujet. S’il en est ainsi, c’est parce que le Tout Puissant l’a voulu. D’ailleurs, c’est lui qui me donne l’inspiration pour écrire tous mes morceaux.”

Feuilletant son cahier de chants dont les pages sont jaunies par le temps, Natty Jah démontre que ses compositions ne datent pas d’hier. “Cela fait vingt ans que je suis dans la musique. Il y a des chansons sur cet album qui ont été écrites avant Vanité, soit, il y a dix-huit ans à peu près. Mais, les textes sont toujours d’actualité. Comme celui de Vanité. Nous vivons dans un monde égoïste et orgueilleux. Moi, je prête ma voix pour faire passer les messages de Jah. Si les gens sont attentifs, ils apprendront à connaître la vérité.”

Exemple. Dans le milieu musical, la persévérance de Natty Jah est souvent citée en exemple aux jeunes. Concrètement, on leur demande de prendre le temps de travailler et ne pas se presser pour sortir un album. Partageant cette expérience, le reggaeman déclare : “la musique est comme une semence qu’on a mise en terre. Il faut attendre qu’elle grandisse, arrive à maturité, donne des fleurs et finalement des fruits. Après tout ce temps, le fruit doit forcément être bon. Si j’avais sorti Vanité il y a dix-huit ans, je ne suis pas sûr qu’il aurait eu le même impact qu’aujourd’hui. Ceci étant dit, le temps de la maturité n’est pas nécessairement le même pour tout le monde. Cela m’a pris 20 ans, pour d’autres cela peut être moins. L’essentiel est de laisser mûrir le fruit.”

Natty Jah conseille ainsi aux jeunes de réaliser des maquettes de leurs compositions, en prenant le soin de déclarer les morceaux à la MASA. “Puis, après un certain temps, vous réécoutez les morceaux. Vous découvrirez par vous-mêmes ce qui doit être amélioré. Ne vous pressez surtout pas !” L’artiste confie également avoir dans son répertoire suffisamment de morceaux pour cinq à six albums. “Après Vanité, j’ai écrit cinq chansons. Je ne sais pas quand je vais les enregistrer. Pas avant cinq ans en tout cas, si le public veut toujours de moi.”

Artiste. C’est dire que Natty Jah passe beaucoup de temps à la composition. D’ailleurs, dans l’arrière-cour familiale à Goodlands, il a aménagé son repère où il donne libre cours à toute sa dimension artistique. Montrant les travaux en pierre taillée, il précise que tout a été fait de ses propres mains. “Quand on est artiste, on doit pouvoir s’exprimer dans divers domaines.” Les couleurs pastel et vives se côtoyant pour relever le décor, la disposition de la salle laissent comprendre que Natty Jah cultive le sens de l’esthétique. Un lieu où on se sent librement inspiré.

Le succès de son premier album a permis à Natty Jah d’acquérir plus d’expérience. Ainsi, lorsqu’il se retrouve avec de nouveaux musiciens sur scène ou en studio, l’adaptation se fait facilement. Vanité lui a également permis de se faire connaître à La Réunion, où il a donné plusieurs concerts. “Personnellement, je ne fais pas de différence entre Maurice et La Réunion. C’est comme si je quittais Goodlands pour aller à Curepipe. Le public est aussi réceptif. J’ai eu l’occasion de me produire, notamment, à La Fiesta Mauricienne. Je sais que les Réunionnais attendent, eux aussi, mon deuxième album.”

Réfléchir. Au moment même où Si to lé est lancé sur le marché, Natty Jah ne peut s’empêcher de parler de ce qu’il appelle les “marchands d’esclaves.” Il lance ainsi à ces fans : “L’album est un cadeau que je vous donne. Réfléchissez bien avant d’agir. Ne faites pas comme Judas qui a vendu Jésus pour quelques pièces d’argent.” La métaphore de l’artiste a trait, bien entendu, au piratage. Autrement dit : si vous m’aimez, achetez l’original.

Alors que tout le pays vient de célébrer la fête nationale, le chanteur rappelle que l’harmonie est le seul chemin qui mènera le peuple mauricien vers le progrès. “Malheureusement, il y a une poignée de personnes, des esprits tordus, qui ont le contrôle sur notre harmonie. Puisque nous sommes la majorité, nous devons pouvoir changer la donne. Comme plusieurs variétés d’arbres forment une forêt, les personnes, avec leurs différences, forment la nation mauricienne.”

Si to lé, l’album

Un album dans la continuité. Natty Jah conserve son style reggae, en y apportant une touche de seggae. L’album débute sur une note rythmée avec Bondié Noir. Mais c’est la voix claire et puissante de Natty Jah qui captive d’emblée. Les huit morceaux sont porteurs de messages d’amour et de paix. Si to lé, le morceau éponyme, rappelle beaucoup Vanité. Question de plaire à un public déjà acquis. Penitans est un seggae à la Natty Rebels. Les autres titres sont Nou paradis, Ti Maraille, Pou Lavenir et La vie en danger. Dans l’ensemble, l’album confirme le talent de Natty Jah. Un certain nombre de musiciens, dont Jean Simiette, Hansley Marthe, Eric Célerine, Gérard Louis, J. Emilien, Lansley Henri, Frédéric François, Jean-Noël Ladouce, P. Jasmin, Natty Potou, ainsi que Sylvio et Jean-Pierre Ravina, l’ont entouré dans cette aventure musicale. Les chœurs sont assurés par Sandra Mayotte, Shev, Bruno Malcolm et Gérard Louis. Ce dernier s’est également chargé des arrangements. Si to lé est sur le marché à partir de cette semaine. Production, édition et distribution : Geda Music.

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