MONASTER - Tempête de mots (maux)
August 15, 2005 · Print This Article

Débordant d’inspiration, MonAster lance bientôt son nouvel album, La Tempête, huit mois après Invincib. Avec toujours cette envie de dénoncer, le duo vient maintenant dire des choses que les autres n’osent crier tout haut. Et la tempête fait rage…
Les deux moines rebelles du MonAster Crew, Ultimatum Montana et Ben’z Blakka, annoncent la venue d’une tempête. Pas celle dans un verre d’eau, mais une tempête de maux qui ravagent l’homme. Les deux raggamen de Goodlands tirent la sonnette d’alarme. Le monde est sous la menace d’une tempête qui augmente d’intensité et risque de tout anéantir sur son passage. Non satisfait de l’album Invincib, monté en hâte, MonAster veut maintenant rectifier le coup avec La Tempête, plus bonifié, plus vrai. Cet album, soulignent le deux Benoît, reflète plus l’image et l’esprit de MonAster. Plus engagé que commercial, selon les deux artistes, le disque est philosophiquement hardcore. Une rébellion positive.
Rebelles positifs. Si les deux dragons crachent du feu sur tout ce qui bouge, sur l’album, ils tiennent à préciser que le combat musical qu’ils mènent est guidé par le Positive Spirit. Des soldats de paix en temps de guerre. La voix des sages. Leur cible reste le système de Babylone. “MonAster dan les bacs comme Godzilla nou kraze tou/ Avek bann solda nou mesaz reponn partou… /Kan nou come again Babylone bizin tombe”, lance le duo sur II-Retour. Le message est clair. MonAster tire aussi sur d’autres problèmes qui secouent le quotidien du pays. Avec les récents cas de pédophilie, il compose en combinaison avec Blakkayo la chanson Pedo Mann pour dire non à ces actes de barbarie survenus dans un monde dit moderne. Sur Geto Youth, MonAster fustige l’insubordination des jeunes, surtout les “royoss.” “Nou misyon se sanz mantalite imin, denonse bann foss system. Fer zot kompran ki la glwar, la fortynn li efemer”, explique Ultimatum.
Anti USA. Les dénonciations du duo MonAster ne s’arrêtent pas qu’aux fléaux locaux. Il s’attaque aussi à des sujets brûlants, d’actualité mondiale : les attentats, les actions de Monsieur Bush en Irak… Extrait de la chanson Invasion : “Ki to enkor pe fer laba/ Parski ce ki tone finn ale rode to pa enkor gayne laba/ Montre mwa sa bann zarme de destrisyon massiv/Ki swadisan bann-la pe fabrike laba…” Le ton est donné. MonAster poursuit son combat. Ne pouvant garder sous silence la destruction de l’humanité par l’homme, le duo revendique, allant des attentats de Madrid et des kamikazes, à l’explosion d’une boîte de nuit à Bali ou au sniper fou dans les rues de Washington. “Pena okaine sekirite dan lemonde.”
Éclectique. Sur le plan musical, MonAster élargit son registre après le ragga, le reggae et le hip hop, s’essayant au zouk (Vanessa) et le reggeateon (Invasion et Com’On). Le son reste toujours engagé, hardcore, bref, “un son méchant”, dit l’un des Benoît de MonAster. L’ensemble de la partition musicale demeure essentiellement de la programmation, ce qui ne procure pas la force qu’il faut sur certains titres où les textes montrent une élaboration très recherchée et profonde. Le duo, comme à l’accoutumée, conserve la partie spirituelle qui leur est propre et qui reste leur fil conducteur d’album en album. Pas de réussite sans l’aide du Tout Puissant, dit Ultimatum.
Emporté par la tendance de fusion entre l’Orient et l’Occident, MonAster introduit sur Zom San Conscience un refrain en hindi, chanté par une interprète indienne. C’est par le biais de l’Internet que les moines rebelles ont eu ce sample en hindi. Cette démarche s’inscrit dans l’action du groupe de se mettre à l’air du temps et de rendre sa musique universelle et, de ce fait, exportable.
Auto-production. L’album marque l’entrée du duo dans le circuit de la production avec sa boîte MonAster Crew Production. Une étape préméditée pour le groupe afin de mieux gérer ses affaires. Fini le temps où il se faisait exploiter par un producteur ou que la promotion de son album ne se faisait pas comme il le souhaitait. La Tempête permet aussi à MonAster de dire les choses comme il l’entend. Pas de censure, ni de revendication à demi-mot dans les écrits. “Aster nou dir bann zafer la pli kri, pli fran. Avek enn liberte total”, indique Ultimatum. Il faut ainsi s’attendre à des textes foudroyants, car les derniers albums n’étaient pas pour autant dépouillés de ce franc-parler et de ces verbes tranchants. L’auto-production ne fut pas une mince affaire, constatent les deux toasters de MonAster. Beaucoup de portes se sont refermées devant eux, malgré les promesses d’aucuns pour les aider dans ce processus d’indépendance totale. Ces coups de foudre n’ont, toutefois, pas empêché leur Tempête de s’abattre sur l’île. L’envie de prouver qu’ils sont capables de voler de leurs propres ailes, de mener à bien ce projet, a donné aux deux Benoît le courage d’aller jusqu’au bout de cette aventure musicale. “Pa ti fasil, me noun persevere”, disent-ils.
À présent, MonAster s’attaque au tournage d’un clip d’un titre de l’album en vue de sa promotion. Si les choses se déroulent comme prévu, le duo devrait monter un Sound System avant la fin de cette année, annonce Ben’z Blakka.
La Tempête
La particularité de cet album est qu’il compte plusieurs invités, des artistes connus ; Blakkayo, Tikkenzo, Master Kool B, Snyper, Toffer &Guy Blankko et des nouveaux ; Vostila (Madagascar), Elvino (Rodrigues), Soldat Kaïra, Karatequilla et Steph (Sages). MonAster a voulu s’entourer d’un collectif de rappeurs pour cracher sa rage contre la société humaine. Il a aussi mis à contribution des jeunes artistes pour leur “permettre de s’exprimer et se faire connaître par la même occasion.” Au niveau du son et des textes, l’ensemble reste toujours du MonAster pur et simple. Des titres poignants sortent du lot, notamment Pedo Mann (feat Blakkayo), 5 Ans Apre, Insekirite et II-Retour (Freestyle). Les neuf titres de l’album sont Telefonn, Com’On, Vanessa, Invasion, Hot So, La Tempête, Zom San Science, Interlude et Geto Youth. La musique est composée par Philippe Thomas (trompette), Eddy Thomas (saxophone), Patrick Antoine et Steevie Ramsamy (programmation). Le mixage est de Shy. L’album a été enregistré chez Scorpio Studio. La distribution et l’édition sont de MonAster Crew Production (tél. 789 3599).


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