MIGHTY JAH- Riddims apolitiques
June 15, 2005 · Print This Article
Il n’a fallu qu’un titre pour que le trio de Mighty Jah sorte de l’ombre. Rien qu’une chanson mêlant séga, ragga et seggae. Et voilà les trois toasters de Mighty Jah qui goûtent au vin du succès ! Afin d’aller encore plus loin dans cette voie, le groupe ne veut pas qu’on l’associe à un bloc politique, comme le pensent d’aucuns actuellement, en raison de la diffusion à profusion de Sanz Twa par un parti politique.
Groupe émergeant du ragga local, Mighty Jah a connu une ascension fort intéressante depuis la sortie de son premier album, Sanz Twa, en décembre dernier. Révélation de cette année, le trois toasters ne travaillent ensemble que depuis quelque temps. Avant, chaque membre évoluait dans une formation différente des banlieues de Port-Louis. Ce n’est qu’au fil des rencontres que Mighty Jah voit le jour. Un nom qui veut rendre grâce au Tout Puissant, est-il précisé. Avec l’intime conviction de donner un sens réel à leur ambition musicale, les trois compères décident d’apporter une autre saveur au ragga local. C’est là que prend forme le ragga-seggae-séga. Cette étape ne fut pas simple. Des répétitions aux coins des rues, essuyant quolibets et moqueries d’aucuns au passage, Mighty Jah a su en faire fi, n’ayant en tête que la réalisation de leur album. À présent, le trio récolte le fruit des grains semés en terre aride. Il a fallu se donner à fond et croire fermement dans ce projet pour l’atteindre, expliquent les raggamen.
Curtis Empeigne (Double K), leader de la bande, Wesley Cangy (Nasty Kool) et Johny Lagraveur (Jah Mike) ont su faire preuve de patience pour en arriver là. Le plus important, souligne le trio, est d’avoir atteint un de leurs objectifs en si peu de temps. “Le groupe a beaucoup d’ambitions, d’autres rêves, et a envie de gravir les échelons dans le domaine. Mais, on ne veut pas se presser”, dit Jah Mike. Aujourd’hui, à la croisée d’autres projets, le groupe, selon les rumeurs qui circulent, fait de sa musique un instrument de propagande politique en faveur d’un bloc influent. Qu’en est-il vraiment ?
Amère politique. “Pa dakor ki politize nou la misik. Pa dakor ditou.” Voilà le message clair et direct de Mighty Jah : faire de la musique pour la musique, et non l’utiliser comme un instrument politique. Ce groupe de jeunes du ghetto, explique Curtis Empeigne, s’active à dénoncer les magouilles sociales et politiques, les problèmes des cités, du pays, et ne font pas l’apologie d’un parti politique. Revendiquant, contestant des décisions politiques à sa manière, Mighty Jah ne veut nullement apporter de l’eau au moulin d’un parti politique et, encore moins, vendre sa musique au plus offrant. Ce serait trahir sa conviction initiale. “Certes, on veut pouvoir vivre de notre musique, mais cela ne veut pas dire qu’on est prêt à tout”, avance Johny Lagraveur. Si, depuis le début de la campagne électorale, un parti politique se sert de la chanson Sanz Twa comme lietmotiv, cela ne veut en aucun cas dire que Mighty Jah milite pour ce parti, précise Curtis Empeigne.
Hypocrisie… Sanz Twa est une chanson qui demande à un ami proche de sortir de l’enfer de la drogue, selon son compositeur. Lui tendant une main salutaire vers la lumière… Mais, Curtis Empeigne constate avec regret que les paroles de la chanson sont utilisées à des fins purement politiques par une alliance majeure aux prochaines législatives. Il avoue, cependant, que le groupe a déjà participé à un concert organisé par le parti en question, mais que les choses s’arrêtent là. “On fait notre travail, on nous paie, sans plus. On ne se sent pas concerné par les attentes de ce parti”, ajoute-t-il. Le groupe, précise le leader, ne veut pas entrer dans ce jeu malin.
Reprenant les mêmes propos d’une précédente rencontre, Curtis Empeigne avance : “Dimoun servir lafors zot prosin. Kan zot fini ar twa, zot zet twa dan enn kwin.” Conscient du risque que cela peut engendrer, Mighty Jah ne veut pas s’impliquer dans un tel projet. Si d’autres artistes affichent ouvertement leurs couleurs politiques, le groupe se dit être radicalement apolitique.
Nouveau. Porté par le succès inopiné du premier album, Mighty Jah a envie d’aller encore plus loin, encore plus haut. Le groupe planche actuellement sur un nouvel album qui devrait sortir fin 2005 ou début 2006. Souhaitant apporter des ramifications dans son approche musicale, il adopte une autre méthode de travail. Avec une partie musicale live, des compositions ainsi qu’un arrangement plus soigné, la bande de Baie du Tombeau veut montrer sa maturité et son savoir-faire. Selon Johny Lagraveur, ce disque doit être meilleur que le premier pour signifier en quelque sorte leur progression dans le milieu. L’album comptera un featuring en la personne de Sylvain Caleechan, ex-membre du groupe Zot Sa. Formation qui, pour sa part, assure la partie live de quatre titres. Le groupe annonce aussi le remixage de son titre-phare, Sanz Twa, sur un rythme plus cadencé et plus travaillé musicalement. “Le support live et la liberté que nous donne notre producteur nous procurent plus de plaisir à faire cet album”, confie Curtis Empeigne.
En attendant la sortie du prochain Mighty Jah, savourez le premier album qui - on l’a déjà dit - est très intéressant avec ce nouveau mélange qui semble plaire.
Sanz Twa, un cocktail gagnant
“Alala ! Guet kinn arive/ kan ti koze zame to ti ekoute…”, un texte fluide, des mots simples pour raconter des maux graves de leur quotidien. C’est en ce sens que Mighty Jah veut interpeller la conscience de l’homme et tire, par là-même, la sonnette d’alarme sur ces problèmes qui s’intensifient au fil du temps. Sanz Twa, l’album, comporte divers éléments qui font qu’il est accrocheur. Si quelques textes sont naïfs, d’autres, par contre, sont très profonds et traitent de sujets d’actualité. On y trouve ce cocktail de sons traditionnels et de ragga très ambiant. Ce mélange de deux rythmes (séga/ragga) donne au final une sonorité particulière. Produit par Micheal Lyndon (Kabana Music) et arrangé par Guerino Colas. Les huit titres de l’album : Sanz Twa, Zoli ti zil, La drogue, Viol, L’amour li la, Ragga dance styles, Mové nidé et Allez nou allez. En vente à Rs 180 chez les disquaires.


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