MIGHTY JAH : Changement radical

May 15, 2005 · Print This Article

À sa sortie en décembre dernier, l’album Sanz Twa du trio Mighty Jah a fondu comme neige au soleil, passant presque inaperçu. Quelque temps après, le titre éponyme explose et inonde les radios locales. Mighty Jah réussit là une introduction en force dans l’univers de l’underground avec un nouveau son, un nouveau ton. Pour un changement qui se veut radical.

Pas de formule magique pour réussir dans le domaine du son. Le trio Mighty Jah avance vers les chemins de la gloire avec patience et persévérance. La reconnaissance dont il jouit à présent n’est que le fruit d’un long travail d’équipe, un parcours semé d’obstacles pour atteindre des buts fixés. Aujourd’hui, Curtis Empeigne (Double K), leader de la bande, Wesley Cangy (Nasty Kool) et Johny Lagraveur (Jah Mike) veulent poursuivre l’aventure, essayer de changer le cours des choses et éloigner de leur ghetto les négativités qui inondent les rues. “Nou anvi ki ena enn sanzma radikal dan nou site. Bizin met enn lord dan nou ti zil”, avancent les trois chanteurs.

Alarme. La notoriété du groupe grâce au titre Sanz Twa est une occasion de s’attarder sur l’album et découvrir les messages forts, réalistes de ces jeunes raggamen des banlieues de la capitale. Un trio qui tire la sonnette d’alarme sur la cascade de maux qui dévalent les rues et qui entraînent tous sur son passage. En somme, il raconte son quotidien. “Alala ! Guet kinn arive/kan ti koze zame to ti ekoute…” Comme un coup de bâton, un soufflet aux comportements hypocrites, le trio de Mighty Jah s’acharne sur les beaux parleurs, les gentlemen hypocrites qui rodent autour et se servent de vous sans scrupule. “Dimoun servi lafors zot prosin. Kan zot fini ar twa, zot zet twa dan enn kwin”, explique Curtis. Les fléaux : drogue, viol… ne sont pas en reste dans les compositions de la bande.

Succès. Comment gérer ce succès ? Les membres du groupe avouent l’assumer tant bien que mal, évitant d’avoir la grosse tête et de se prendre pour des stars. Les trois chanteurs veulent se servir de cette notoriété pour apporter leur pierre à l’édifice contre le combat des fléaux. “Nou baz pe gate. Nou envi emen nou aid pou sanz sa bann lespri negatif la. Eseye sanz twa.” Le message est clair. Toutefois, précise le trio, le revers de ce succès, c’est le mépris de certains à leur égard. “Ena gagn nou grannwa akoz nou sante pe pas lor radio toulezour”, souligne le trio. Mais, il ne s’attarde point sur ce sujet, il a un objectif en tête et veut l’atteindre : utiliser la musique comme tremplin pour combattre les fléaux qui rongent le quotidien d’une île.

Prometteur. L’album de Mighty Jah surprend à plusieurs niveaux. Si la musique reste essentiellement de la programmation, elle ne gâche en rien la finalité du disque. Mais, ce qui capte l’attention de prime abord chez le trio, c’est les textes “coups de poings”, moralisateurs et élaborés. La partie vocale est aussi agréable. Trois chanteurs, trois jeunes qui se complètent au diapason d’une musique éclectique. Mighty Jah, s’il poursuit sa route dans cette voie, promet de belles choses dans ce domaine. Avec la notoriété acquise suite au succès du premier album, le trio planche actuellement sur un second disque qui pourrait être sur le marché vers la fin de cette année. Cette deuxième aventure sera l’occasion d’améliorations, surtout au niveau du son, avec la partie musicale assurée en live par le groupe Zot Sa, précise Curtis.

Pas de concert en vue. S’il est diffusé à longueur de journée sur les chaînes locales, le groupe n’a, par contre, pas encore eu une occasion réelle de se produire sur scène. Il n’attend que ça et reste ouvert à des propositions. Faut dire que le trio a envie d’un bain de foule pour célébrer comme il se doit cette réussite musicale.

Sanz Twa

Un pari fou, un mélange audacieux et un trio déterminé, c’est la composition basique de Mighty Jah. Trois jeunes de Baie-du-Tombeau qui ont des choses à dire. Avec le soutien de Guerino Colas, qui assure l’arrangement musical, ainsi que de Micheal Lyndon (Kabana Music), le groupe propose un cocktail de sons pour délivrer un album qui accroche. Avec des titres tels Sanz Twa, Zoli ti zil ou encore Viol. Zoli ti zil, autre titre qui grimpe les charts locaux, brosse un intéressant tableau de Maurice. Avec des revendications et des images de notre île d’en bas, le trio distille sur une sonorité malaxée une composition blanc et noir du quadricolore. Les huit titres de l’album sont Sanz Twa, Zoli ti zil, La drogue, Viol, L’amour li la, Ragga dance styles, Mové nidé et Allez nou allez. L’album est en vente à Rs 180 chez les disquaires.

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