Le rap qui déchire

May 15, 2005 · Print This Article


Le hip hop d’Awadi a fait mouche au Conservatoire François Mitterrand, mercredi dernier, lors de son unique concert dans le cadre duUnity Tour. Awadi, c’est un alliage de puissance scénique et textuelle. Un rappeur pur et dur. Comme on l’aime.

Avant l’entrée en matière du poids lourd du rap africain, la scène du Conservatoire François Mitterrand était à la disposition des jeunes rappeurs locaux. Avec Minister 2P, Aiekilatchoumz, et Alliance Suprême. Les Mauriciens ont livré une performance raisonnable. On ne retiendra que les acrobaties d’Alliance Suprême et Zalouzi ekzis de MordikisS et Aiekilatchoumz. On évitera de s’attarder sur les artistes locaux pour ne pas les égratigner au passage. En effet, face à un Awadi au paroxysme de son art, la première partie fut une introduction un tantinet fade.

Percutant. “Wo yo… wo yo yo yo…”, c’est le cri du peuple, qui se meurt lentement. Une agonie silencieuse que chante tout haut Awadi, en connexion avec ses acolytes Baye Sooleye, sista Thaiss et Freddy. Militant jusqu’au bout, Awadi n’hésite pas à mettre le feu avec sa musique, mais surtout avec ses textes coups de poings au système. Réel pyromane du rap, il brûle avec des mots les maux qui consument l’Afrique. Dénonçant l’injustice, chantant avec rage la corruption et les fausses promesses des présidents d’Afrique, il fait de sa vocation musicale un combat en faveur de la justice et du respect des droits de l’homme. “Stoppez-les”, clame-t-il en diapason avec son public.

Wari Bana. Appréciant l’intimité que confère le Conservatoire entre l’artiste et son public, le chanteur avoue quand même se sentir comme dans un stade, avec 100 000 personnes. Vu l’engouement et la fougue des spectateurs (moins de 300), la chaleur et l’accueil qui s’en dégage donnant à Awadi et son équipe de l’élan et de l’envie sur scène. “C’est l’un de mes meilleurs concerts depuis le début de ce Tour”, souligne le rappeur.

Le hip hop du porte-drapeau africain dégage ce petit truc particulier qui accroche aux premiers accords. Très attaché à son patrimoine, à sa culture, Awadi incruste dans les flots d’un rap contestateur des sonorités propres au Sénégal et à l’Afrique pour ainsi marquer sa musique d’une partition singulièrement liée au continent noir. Avec le mélange de scratch de Saf et du kora de Cissoka (impressionnant), le rap d’Awadi peut être qualifié de Françafrique, pour reprendre le titre de l’album de Tiken Jah Fakoly. De Wari Bana (reprise de la chanson d’Alpha Blondy) à Un autre monde est possible, Awadi montre l’étendue de son talent. Didier Awadi, c’est le hip hop vrai et sincère à 200 %.

Après le Conservatoire, Awadi était à Tana (Madagascar), sur la scène d’Antsahamanitra, samedi dernier, avec le rappeur malgache Shao Boana et le groupe MLK de l’île de La Réunion.

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