Entre Kaya et Marley
December 1, 2005 · Print This Article

Son pseudonyme a vaguement été évoqué jusqu’ici. Avec l’album qui sort cette semaine chez Kapricorn, Tico risque bien d’inscrire son nom parmi les chanteurs reggae/seggae les plus cotés. Tico Chant Marley reprend les tubes de la légende en version seggae. Un défi de Richard Hein qui veut, ainsi, mieux faire connaître le style popularisé par Kaya.
Son premier album, Existans, distribué par Geda Music, a révélé son potentiel vocal. Tico a fait timidement ses premiers pas dans la musique locale. C’était suffisant pour être remarqué d’autres producteurs. Quelque temps plus tard, il sort 3 vibes, une compilation regroupant Kenny Onesime, Nicholas Tabanie et lui-même. Mais, son plus gros projet est celui que lui propose Richard Hein. “Il cherchait un chanteur pour interpréter des chansons de Bob Marley en version seggae. Je crois que c’est un de ses vieux rêves. Elvis Heroseau, qui travaille souvent avec lui, lui a fait écouter un de mes morceaux. Je crois qu’il a été convaincu puisqu’il ne m’a même pas demandé de faire un essai. Nous avons commencé à travailler tout de suite.”
Seggae. Pendant cinq mois, Tico fait le va-et-vient entre Petite Rivière et Péreybère, fait des prises de son, peaufine son interprétation. Le résultat est enfin tangible. Dès qu’on écoute le premier morceau, c’est le déclic : est-ce bien Tico qui chante ou est-ce la voix de Kaya qu’on entend ? Le principal concerné refuse de se laisser aller à l’imitation ou à la comparaison. “Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais préféré chanter Marley en reggae. Mais, c’était un projet de mon producteur que j’ai pris plaisir à réaliser et qui m’a beaucoup apporté.”
Pourtant, cela fait deux ans seulement depuis que Pierre Clarel Laseringue (son vrai nom) s’est lancé dans la chanson. Sa maîtrise de la guitare aidant, il se met à la composition. Mais, tout ceci se limite à son cercle d’amis et de parents. Tico préférant jouer seul que de se joindre à un groupe. C’est son cousin Thierry Françoise qui le pousse à enregistrer, écrivant même quelques morceaux pour lui. Il est ensuite remarqué par Lindsay Rosalba, ancien musicien de Zenn 7 qui accepte de produire son premier album, en collaboration avec Gérard Louis.
Artistes. En grand timide, Tico retrouve ensuite ses habitudes, se consacrant surtout à la composition. “J’aime tous les styles de musique, même si mes compositions sont surtout du reggae et du seggae. Je suis à la fois influencé par Bob Marley, Kaya et Tifrer.” À ce titre, il considère une bonne chose que les Mauriciens aient la chance de voir des vedettes internationales en concert. “Accueillir des artistes comme Alpha Blondy ou Julian Marley à Maurice ne peut qu’être bénéfique pour ceux qui aiment la musique. C’est un don qu’ils ont reçu et qu’ils viennent partager avec nous. En même temps, c’est l’occasion pour nous de leur faire découvrir notre musique.”
Tico Chant Marley s’inscrit dans cette perspective. Reprendre les plus grandes références reggae pour les adapter au seggae est une manière de faire connaître cette musique. Le premier à s’y être essayé est Kaya lui-même. En reprenant War en version seggae, il disait vouloir montrer la différence entre les deux styles, car la critique française avait décrit le seggae comme un “reggae accéléré.”
Devoir. Quant à Tico, si ce projet parvient à mieux faire connaître le seggae, il ne pourra qu’être heureux. “Chacun essaye, à sa manière, de contribuer pour faire avancer la musique mauricienne. Même si le roi du seggae n’est plus là, nous avons le devoir de continuer à propager cette musique et ses messages. Si le public aime, c’est tant mieux.”
Après avoir passé deux ans à attendre, Tico termine son troisième enregistrement de l’année. “C’est mon destin qui est ainsi. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est que ce n’est pas moi qui suis parti frapper à la porte des producteurs. Ce sont eux qui sont venus me voir. D’ailleurs, j’en profite pour les remercier tous : Lindsay Rosalba, Gérard Louis, Guerino Colas et Richard Hein. Je leur dis merci de m’avoir fait confiance.”
Suite. Le chanteur attend maintenant les retombées de son dernier album. Il se dit conscient d’arriver à un moment où le marché est inondé de nouveaux produits en prévision des fêtes de fin d’année. “Le public fera son choix. Chacun apporte sa touche personnelle”, dit-il. Pas d’autres projets dans l’immédiat. “Mais, je ne m’arrêterai pas pour autant. Tant qu’il y aura la musique, je serai là. Je continuerai ma route.”
Quant à savoir de quelle manière il compte poursuivre sa carrière, le principal concerné déclare : “D’abord, je dois préciser que la musique est une passion. Ce n’est pas mon gagne-pain. Concernant l’éventuelle création d’un groupe ou la suite en solo, je ne sais pas trop. Il est vrai que dans la famille il y a beaucoup de chanteurs. Mais, nous n’avons jamais discuté de la possibilité de monter un groupe. Cela n’est pas exclu pour autant. L’avenir nous le dira.”
Richard Hein : “Faire connaître le seggae internationalement”
Le projet de Richard Hein a pour but de placer le seggae sur l’échiquier international. On l’aura compris de par le concept. “Ces derniers temps, on entendait très peu de seggae. Ensuite, je me suis dit que si on faisait du seggae à travers des chansons de Bob Marley, ce serait plus facile à exploiter à l’étranger. Je compte envoyer ce CD à Chris Blackwell, le producteur de Bob Marley. Question de lui montrer ce que nous avons fait du bébé. Il faut bien rêver.”
Cette idée de reprendre Marley en seggae trotte depuis longtemps dans la tête de Richard Hein. “Il a fallu que je rencontre Tico pour me décider. J’ai trouvé que sa voix sonnait bien. Peut-être que nous aurons d’autres projets ensemble à l’avenir.”
Dans le choix des morceaux, le producteur a voulu varier entre les titres connus et moins connus de Marley.
L’album
Le flair de Richard Hein ne l’a, une fois de plus, pas trompé. Quand Tico chante Marley, l’hommage est à la hauteur et ne heurte en rien le prestige de Bob. Si le chanteur conserve son identité, notons toutefois la similarité dans l’accent et dans la voix avec l’œuvre sur laquelle avait travaillé Kaya à l’époque : Ersatz to Marley. L’ensemble demeure avant tout roots dans un rythme saccadé où les skans sont pointus et où s’intégrent facilement les battements du séga. Les titres retenus ne sont pas forcément les plus populaires de Bob Marley, mais conservent toute leur puissance. Les musiciens ayant participé au projet sont Néville Célérine, Christophe Chrétien, Jean-Luc Clair, Danylo et Elvis Heroseau. Les chœurs comprennent David Ramen et Marie-Michèle Perine.


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