Dance Masters : Un retour solaire

December 31, 2005 · Print This Article


Les frères Paul, de Dance Masters, sont de retour après un long silence. Dix ans après Valer Fam, les compositeurs du seggaemuffin proposent Bouze ar mwa, un album à la saveur tropicale, gorgé de soleil.

Dance Masters avait élargi la palette de sons de notre île en 1993 avec Ki to lé. Un mélange de sons d’ici et d’ailleurs donnant naissance au seggaemuffin. La musique de Kaya alla alors vers une autre dimension. Avec des riddims du raggamuffin, le seggae sonnait autrement. Plus vite, moins roots. C’est le coup de poker pour les frères Paul et son équipe de danseurs. Dance Masters avait alors estampillé son nom en gras comme l’auteur d’un son nouveau sur le sol local. Valer Fam, sorti en 1996, confirme le statut du groupe. Le titre phare de l’album, Rosie, est un succès.

Évolution. Après ce disque, le groupe participe à la compil Mauritian Groove, produite par Cyper Production - une des meilleures compils locales, avec Solda + Mwadkka, sorti il y a quelques mois. Après quoi Dance Masters fait silence. Les deux frères préférant se concentrer sur leur carrière professionnelle. Depuis, d’autres groupes ont émergé. OSB, connu comme Street Brothers à l’époque, est venu avec son ragga kreol et ce fut le raz de marée du ragga.

Aujourd’hui, Ricardo (Cardo) et Marino (Nono) Paul reviennent avec une autre couleur, une autre saveur. Le seggaemuffin a connu une évolution. La musique est plus solaire, plus tropicale que jadis. C’est même plus du seggaemuffin, un melting-pot de sons et d’influences.

Soleil. Ce nouvel album est dans l’air du temps et propose une musique mûrie. Dance Masters propose une autre facette de son art. L’évolution du duo va vers une exploration de sonorités nouvelles, d’un mariage de mélodies et de courants musicaux. Ce processus a pour but d’élargir encore plus le paysage local. Dance Masters prouve ainsi qu’il peut évoluer avec le temps et non se cantonner dans son seggaemuffin d’avant. Constamment en mouvement, le duo ne se laisse pas dépasser ou dépayser, après ce long silence, par les influences nouvelles qui inondent notre île. Bien au contraire, il s’adapte et réagit. Cette adaptation n’est pas guidée par un esprit commercial, “business mind”, mais par la passion musicale. Tout en évoluant avec son temps, Dance Masters distille une musique qui reflète son idéologie nouvelle et sa perception.

Messages. Le contenu des textes n’est pas délaissé. Le groupe y attache beaucoup d’attention, rien n’est laissé au hasard dans ce projet. Il a appris de son expérience. Aujourd’hui plus consciencieux, Dance Masters se tourne vers la “positive communication.” Les messages que véhicule le groupe sont positifs. Entre reggae, zouk et fusion, Dance Masters se tourne vers une musique, dit-il, plus riche. Le son est ensoleillé et les textes exaltants. Le duo a voulu mettre en œuvre une musique festive et joyeuse.

Positivité. Ce qui frappe d’emblée chez les frères Paul, c’est leur simplicité. Ils abordent la vie avec calme et sérénité. État d’esprit que leur album incarne. Pas de pression supplémentaire, pas de crise d’angoisse. Bouze ar mwa, disent les frères, est un plaisir personnel. “On avait envie de faire quelque chose. On a pris notre temps et on est satisfait du résultat.” L’album a en effet demandé du temps, plus que prévu, le but étant d’amener un disque qui reflète l’idée du duo. “On est à la recherche de la positivité au travers de ce disque”, dit Nono.

Mauricianisme. Bouze ar mwa est une façon de dire haut et fort son appartenance à son pays, sa fierté d’être Mauricien. “On affirme nos racines, le mauricianisme, à travers ce disque”, dit Nono Paul. Le duo se dit sensible face à la condition du Mauricien. Son évolution sociale et économique ainsi que sa mentalité. Il s’interroge sur cette émancipation. C’est loin de son île qu’on se dit Mauricien et fier de l’être. Dance Masters inverse la tendance. Sur l’album, Roberto Paul, un autre des frères, qui vit en Angleterre, compose Exilé. Il est aussi l’auteur et compositeur de Ki to lé. Le groupe évoque par ailleurs des sujets puisés de la réalité. “On chante la vie de tous les jours. Mais, il faut comprendre ces choses-là avant d’en parler”, dit Cardo. Dance Masters s’associe également avec les joyeux lurons de Trioco pour Fimer, une chanson à écouter avec attention. Autre invité sur Bouze ar mwa, le duo Éric Rima/Elvis Simiette, d’Ekonektion, pour une explosion de sons. Le disque sera dans les bacs à la fin de cette semaine.

L’album

Variation de styles, couleurs des îles. La musique vivante, les textes légers. L’album de Dance Masters est un jet de soleil réchauffant les cœurs. Avec trois reprises de titres phares de sa carrière, notamment Ki to lé twa (album éponyme), Moricien (Mauritian Groove) et Rosie (Valer Fam), Dance Masters effectue un retour dans le passé. Un survol du seggaemuffin, car le groupe ne change pas grand-chose dans ces reprises. Ces autres titres sont teintés d’une couleur différente. On pense ici à Fimer (feat. Trioco), un reggae soft. Les autres titres sont Exilé, Bouze ar mwa, Misik, One love, et Kritiké. L’arrangement musical est de Dance Masters. Bouze ar mwa est produit par Digital Framework Studio Ltd. Disque bientôt dans les bacs.

N.A.S. POSSI

Le rap en réaction

Trois ans après Hors-Limite, les rappeurs de Curepipe reviennent avec 13 ans, un album anniversaire, un pur produit underground. Du rap qui accroche. N.A.S. Possi toujours dans la place.

Dix ans à évoluer dans le circuit underground. Grandir dans l’ombre des grands, apprendre de ses erreurs et se ressourcer pour revenir plus fort. Depuis 2002, N.A.S. Possi est sorti de son trou et sa voix résonne. À l’aurore de ses 13 ans, le groupe présente l’album anniversaire. Du rap autour d’un creuset de rythmes pour donner le ton. Avec un parcours en dents de scie, N.A.S. Possi a résisté aux intempéries, aux coups, même les plus bas, pour monter haut. Aujourd’hui, 13 ans vient confirmer sa solidité, son esprit d’équipe, un facteur qui a grandement contribué à l’épanouissement du groupe et à sa pérennité. Il lui a fallu défricher la jungle du ragga local pour se frayer un chemin. Convaincu que le rap a sa place dans le giron, le groupe milite encore, 13 ans après avoir vu le jour. Ils sont déterminés, armés et prêts pour le combat.

Rébellion. Le groupe reste fidèle à ses convictions et dénonce sans réserve les magouilles du système. Âme tourmentée combattant un État corrompu. Ouvert zot lizié, mené par Panthère Noire, reflète bien cette rébellion. Le rap s’engage à dénoncer. Les rappeurs ne renoncent devant rien, la vérité ne craint personne. Entre les mots tranchants frisant l’insulte, N.A.S. Possi sort de ses gongs, cognant avec force et rage. Le rap sans vouloir être violent, dit Panthère Noire, ne fait que dire la vérité. Une vérité trop dure à entendre pour d’aucuns.

Reconnaissance… Le rap, une mise en scène, une situation réelle balancée avec des rimes et une prose invitant à une réflexion profonde sur la société. N.A.S. Possi s’investit complètement dans cet univers pour livrer un son qui accroche. “13 ans a nécessité un an pour la conception et un an de plus pour la réalisation”, dit M-Plan, une des têtes pensantes du combo. “C’est un album fait avec amour”, ajoute Kré, le créateur du groupe. Avec se disque, N.A.S. Possi vise une reconnaissance pour son combat et sa défense du rap, du vrai. Bon nombre, disent nos interlocuteurs, prétendent être les ambassadeurs du hip hop, sans comprendre la philosophie autour de cette culture. “Le hip hop n’est pas une mode, mais une culture. Il faut bien faire la différence”, avancent les trois rappeurs de N.A.S. Possi.

Le lancement officiel de l’album de N.A.S. Possi aura lieu dans la soirée du samedi 3 décembre au Kulcha Club, GRNO, avec la participation de Senfoni (Hansley Antoine et Micheal Argot).

L’album

Ce deuxième album de N.A.S. Possi affirme la tendance du collectif. Avec 13 ans, les rappeurs déposent le bilan de leurs années de lutte et de galère. “R.A.P, sa se nou la lutte.” Au travers de leurs textes, les rappeurs crachent la vérité sur des riffes hardcore et mettent la pression. Fait maison, 13 ans est un album de maturité. Les influences ne s’arrêtent pas aux frontières du rap, N.A.S. Possi touche au jazz, au blues et au R&B pour donner de la vitalité à son deuxième opus. Dans cette cascade de rap hardcore, sont aussi glissés un titre ragga et un latinos. Versatile, le groupe se donne les moyens pour toucher un plus large public et, sur ce deuxième disque, invite d’autres rappeurs, dont Senfoni, Alscalos (rappeur français) et DJ Did Steph (OSB). 13 ans a été enregistré au studio N.A.S. Possi, qui assure aussi la distribution. La production est de La Ruelle, maison de prod. appartenant au groupe. Album disponible dans les bacs en fin de semaine.

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