Confidences avec Gerard Louis
November 30, 2005 · Print This Article

La guitare plaquée contre le cœur, il ne se départit jamais de son médiator, devenu un objet fétiche. Il aime la musique et elle le lui rend bien. Lui, c’est, bien sûr, le grand Gérard Louis. À l’occasion de la sortie de son nouvel album Séga Maloya, concocté avec son compère Bruno Escyle, il se livre au jeu du Kestionnaire en toute sincérité et avec autant de simplicité. Oyez braves gens, le sieur Louis va parler !
Qu’est-ce qui vous motive le matin ?
J’organise ma journée du lendemain avant de me coucher le soir. Il me faut tout le temps être en activité. Je suis un homme qui respecte ses engagements et qui en attend autant des autres. Zafer zafer ! Mais, avant de commencer ma journée, il me faut une petite marche matinale, où je me retrouve avec moi-même.
La chose la plus émouvante qui vous soit arrivée ?
La chose qui m’a le plus touché fut quand mon garçon est tombé malade. C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que être malade veut vraiment dire. Oui, je suis marié et j’ai trois enfants.
Votre principal trait de caractère ?
Je suis sentimental ou, plutôt, sensible. Je sais faire le pour et le contre. Dans la vie, il y a des gens qui sont en haut et d’autres, en bas. Je suis du genre à vouloir qu’il y ait un juste milieu. Tout le monde doit être égal, égal par la force de la persévérance. Il y a des gens qui se donnent les moyens, mais qui sont entravés par d’autres.
Qui considérez-vous comme une personne digne d’admiration ?
Ma mère et mon père. Nous avons connu la misère, mais, quelle que fut la gravité de la situation, mes parents ont tenu tête côte à côte. Nous habitions alors à Tranquebar. Je ne dis pas qu’un homme et une femme sont obligés de vivre ensemble tout le long de leur vie. Non. J’admire mes parents parce que, dans la situation où nous étions, peu de gens consentiraient à rester ensemble tout ce temps.
Votre artiste favori ?
Yves Duteil, pour ses textes poétiques ; Earl Glugh, un jazzman, et aussi Michael Jackson. Pour moi, s’il existe un plus grand artiste dans le monde, c’est bien Michael Jackson. L’artiste mauricien que je préfère, pour sa voix autant que pour ses textes, c’est le défunt Gérard Bacorilall.
Que considérez-vous comme votre plus grande réussite ?
D’avoir relevé l’honneur de la famille Louis. Surtout quand on demande à une personne qui a le même patronyme que moi : Ou fami ek Gérard Louis, ou ? Ça, ça me fait énormément plaisir.
Votre plus vif regret ?
C’est quand j’ai quitté Cassiya… les membres du groupe n’ont pas reconnu les choses que j’ai apportées à la formation. Mon regret, c’est de ne pas avoir été reconnu à ma juste valeur par eux.
Quel talent aimeriez-vous le plus avoir ?
Je me satisfais avec ce que j’ai. Je n’en demande pas plus car chaque talent a un cheminement jonché d’embûches. Même si un talent est inné, il faut le développer, ce qui implique beaucoup de travail et tout un chemin à parcourir. Sans compter que la vie ne fait pas beaucoup de cadeaux et que ce ne sont pas les obstacles qui manquent.
Votre rêve le plus fou ?
Ouvrir une grande école de musique où je pourrais donner toutes mes connaissances. Je voudrais tout montrer, pas seulement la musique, mais aussi toutes les ficelles du métier. Une sorte de Gérard Louis Academy.
Votre plus grande peur ?
J’ai peur pour l’avenir de mes enfants et pour celle de la musique. Le séga ? Je ne sais pas quel est son avenir vu le problème du piratage et la disponibilité des titres sur Internet. Cependant, je pense que chaque pays a sa propre identité musicale. À Maurice, c’est le séga et cela demeurera. Il y aura, certes, d’autres styles qui viendront, mais le séga ne mourra jamais… bien que son marché reste incertain.
Votre plus grande interrogation ?
Pourquoi ceux qui dirigent un pays ne se mettent jamais à la place des petites gens ? Pourquoi ne voient-ils pas les difficultés des autres ?
Si vous pouviez changer une chose dans le monde ?
Je voudrais que, ne serait-ce qu’un jour, l’on mette un citoyen ordinaire à la tête de tous les pays du monde…
À part la canne à sucre et les préjugés, que cultive-t-on à Maurice ?
On ne reconnaît pas suffisamment que nous sommes tous Mauriciens. Il nous faut quitter le pays pour éprouver un sentiment patriote. Autrement, c’est le communalisme qui prévaut. Nou per pou dir ki nou morisyen, dan Moris.
Ce que vous détestez le plus ?
L’hypocrisie.
Votre défaut ?
Je fais confiance trop facilement aux autres. Je ne sais pas refuser.
Votre devise ?
Viser un point. Chaque personne qui veut arriver doit viser un objectif précis. C’est en ce point que réside ma motivation.
Quelle trace voudriez-vous laisser derrière vous ?
En tant qu’auteur-compositeur, je voudrais laisser la trace de ma contribution dans l’évolution du séga. La touche de couleur que j’ai apportée à cette musique. Cette touche personnelle est, en fait, le sentiment que je veux faire passer à travers mes chansons et mes arrangements musicaux.
Si vous rencontrez Dieu, qu’aimeriez-vous Lui dire ?
Pourquoi les humains ont-ils tant de préjugés et colportent autant de ragots ? Sakenn dir enn rezon, me personn pa capav explike. Kifer sa ?
More about mister Louis
Gérard Louis est né le 14 avril 1964. Enfant de Tranquebar, c’est au sein d’une chorale qu’il fait ses débuts. De note en note, il se retrouve dans le circuit hôtelier à égrener des accords pour lutter contre le chômage. C’était en 1991. Sa foi et sa persévérance le mèneront jusqu’au Gérard Louis d’aujourd’hui… une figure incontournable de la musique locale. Voilà pour le parcours.
Dans un autre registre, vous avez, sans doute, remarqué que Gérard Louis accroche toujours sa guitare très haut sur la poitrine. C’est parce, dit-il, il joue avec son cœur. Ainsi, les vibrations de sa musique lui résonnent au plus près de son être. C’est qu’il est poète à ses zeures, le gars Louis.
D’une île à l’autre
Un nouveau pont installé entre les îles-sœurs. Si la collaboration entre artistes mauriciens et réunionnais n’est pas nouvelle, le dialogue installé entre Gérard Louis et Bruno Escyle est un autre cocktail qui relève toute la saveur de la fusion des sonorités des deux îles. Rencontre, donc, entre l’un des meilleurs compositeurs-arrangeurs de séga mauricien avec le leader d’Apolonia, l’un des groupes-phares de la musique réunionnaise. Apolonia, qui se distingue dans un registre alliant le séga à la base rythmique du maloya. Fondé en 1990, le groupe, explique son leader, a connu le succès sans pour autant chercher à faire exploser les ventes. Tenez, pour son premier album sorti en 1991, dans un contexte où seggae et reggae dominaient le marché, il venait de l’avant. Pour Bruno Escyle, la musique reste une affaire de feeling, “J’ai toujours voulu d’un style qui peut s’installer dans la durée.” D’autres albums ont suivi, selon cette même philosophie, et Apolonia a traversé les années sans faiblir. Il ne pouvait que s’enrichir en se mettant à la recherche de sonorités nouvelles, d’où la collaboration qui intervint entre son leader et un chanteur malgache il y a quelques années. Au fil de ces années, Escyle devenait ce que Louis est à Maurice. Comme d’autres artistes réunionnais, c’est surtout à travers Cassiya que l’occasion lui a été donnée de découvrir Gérard Louis. De l’amitié installée entre les deux artistes est née Séga Maloya, qui sort cette semaine.
L’ambiance Séga Maloya
Dédié à l’ambiance, Séga Maloya est le symbole de l’échange inter-îles qui se réflète pleinement dans le titre même. Gérard Louis et Bruno Escyle y chantent cette fusion sur une composition du Réunionnais. Plus loin, sur Angela, Bruno Escyle reprend les paroles de Gérard Louis. Les rôles sont inversés dans Souvenir d’enfance. L’un chante aussi dans la langue de l’autre. L’expérience va plus loin. Sur le pan musical, le groupe de Gérard Louis fait de la place pour des musiciens réunionnais. Ces derniers jouant principalement des instruments traditionnels de La Réunion. Soulignons aussi la contribution apportée par Sedley Richard Assonne au niveau des textes. Un bonus tract (Valer Lamour) figure aussi sur cet album de 11 titres. Pour Gérard Louis, l’objectif est atteint.


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