Claudette Médon veut sortir Zak Labou
December 31, 2005 · Print This Article

Claudette Médon, aveugle, soutenue par son époux malvoyant, Jean-Claude, promène ses notes chaleureuses depuis près de neuf ans. Cette année marque un tournant dans leur vie car, finalement, ils ont pu réaliser leur rêve : enregistrer un album, Zak Labou, qui comprend 8 titres. Ils sont toujours à la recherche de sponsors pour les aider à en faire un premier tirage.
Claudette Médon est née à Tamarin. Aveugle de naissance, très jeune, elle colle son oreille au poste radio familial et apprend par cœur toutes les chansons qu’elle entend : séga, ballade ou jazz. Dès l’âge de six ans, elle chante dans les fêtes et les mariages. Issue d’une famille de huit enfants, elle, sa sœur et un frère sont aveugles depuis leur naissance. La vie de Claudette commence dans un monde rempli de mélodies et de paroles, entourée d’une mère elle-même chanteuse et d’un père batteur de ravanne, qui l’encouragent à chanter.
Persévérance. Au Centre Lizié dans la main, elle est repérée par Reynolds Permal, le président. “Li dir mwa : To sant byin ek li finn donn mwa lasans sant dan bann lotel. Avek li, mo finn resi al sante la Réunion ek Hong kong.” À Sofe Ravanne, elle ira jusqu’en demi-finale. Dans un concours de séga organisé par la municipalité de Quatre-Bornes, elle gagne le premier prix. Ne connaissant pas le braille, Claudette a pris neuf ans pour finaliser son album. Aujourd’hui, elle en est heureuse. “Quand un morceau me trotte dans la tête, n’ayant pas d’autres moyens, je dois chanter la chanson toute une journée et même le soir, pour ne pas en oublier le rythme. Si pour les paroles, c’était plutôt facile, le rythme me posait des problèmes, car il ne fallait surtout pas copier celui d’un autre.” La plus grande satisfaction de la chanteuse, c’est d’avoir pu accomplir quelque chose. “Quand on est aveugle, cela ne veut pas dire qu’on ne peut s’épanouir dans la vie. Je suis reconnaissante envers ma mère qui a cru en moi et mon époux qui a été une source d’inspiration. C’est lui qui m’a dit que je devais faire davantage montre de mes talents. Je n’ai pas hésité une seconde depuis et j’ai persévéré”.
Vie de couple. Jean-Claude Médon est devenu malvoyant à la suite d’une maladie. La vie du jeune homme bascule quand son médecin lui annonce qu’il va perdre la vue. Au Centre Lizié dans la main, il retrouve Claudette, qu’il avait vu chanter plusieurs années de cela sur scène à Quatre Bornes. “J’étais impressionné par Claudette qui chantait Mo rann toi to demann et je me demandais comment une aveugle faisait pour maîtriser le texte. Je ne savais pas que nos routes allaient se croiser un jour. Neuf ans de cela, on s’est marié. On s’entend à merveille.” Le couple a deux fils, Donovan (9 ans) et Andy (8 ans), ainsi qu’une fille, Anne Sheila (4 ans).
Le fait de ne pouvoir chanter actuellement sur scène rend Claudette Médon plutôt malheureuse. “J’aurais souhaité avoir plus d’occasions d’être sur scène.” Dans sa petite demeure à Quatre Bornes, elle s’occupe de sa famille et s’attelle aux corvées ménagères sans difficulté. Son époux, lui, gagne sa vie à la foire en vendant les travaux en rotin qu’il confectionne chez lui. En attendant de reprendre la scène…
En quête d’un producteur
Neuf ans pour réaliser un album, c’est long. “Plusieurs personnes ont essayé de nous arnaquer. Finalement, on a pu entrer au studio Scorpio avec les Rs 15 000 qu’on a eues du ministère”, dit Claudette Médon. Toutefois, le couple Médon tourne en rond. “Nous n’avons pas les moyens de faire un tirage de notre album et nous cherchons désespérément un sponsor.” Ils n’ont que la master copy que leur a remise le studio d’enregistrement et souhaitent faire un premier tirage de 500 copies. Zak labou, Mo pa trouve mo tende, Montagne brilé, Mo mari mo mariyo, Decote kamalifai, Ti Georges, Joli bateaux et Tombé lévé zolier… autant de morceaux de séga typique que propose Claudette Médon.


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