CHRIS JOE :

February 15, 2005 · Print This Article

Soliste du groupe Zot Sa, Jean-Luc Clair, dit Chris Joe, s’est fait un nom dans le domaine de la musique depuis quelque temps. Aujourd’hui, il est très sollicité par des artistes locaux, lors d’enregistrements ou de concerts. De Rodrigues, son île natale, à Maurice, Chris Joe gratte des accords de joie et de tristesse par amour pour son art.

La journée touche à sa fin. Assis au bord de mer à Tamarin, Chris Joe, en compagnie de quelques amis, discute de choses et d’autres, particulièrement de musique. Une passion d’enfance qui guide aujourd’hui sa vie. Souvent pris pour Rico Clair - son grand frère -, le soliste de Zot Sa parcourt la musique comme certains parcourent la vie. Sans savoir ce que demain lui réserve. À la croisée d’une carrière prometteuse, le musicien reste simple. Même si sa renommée enfle au fil du temps, le succès ne lui monte pas à la tête. Il avoue avoir beaucoup à apprendre.

Musique en soi. Chris Joe cultive la passion pour la guitare depuis l’âge de huit ans. Il découvre cet instrument grâce à son oncle et son grand frère Rico l’encourage dans cette voie. Avec le temps, il montre une maîtrise intéressante de l’instrument à cordes. À l’âge de 17 ans, il débarque à Maurice en quête d’emploi. Dans un premier temps, il évoluera dans la restauration. Mais, il ne delaise pas pour autant sa musique, encore moins sa compagne de toujours qu’est sa guitare. Avec la complicité de son ami Yannick Volfrin, ancien membre du groupe Zot Sa, il monte la formation Korek Sa. Puis, il intègre la formation de Mario Justin en 1999. À 27 ans, le soliste est aujourd’hui un musicien très demandé dans le milieu. Il a ainsi apporté sa contribution à plusieurs albums d’artistes locaux, notamment Ton Vié, José Papillon, Otentikk Street Brothers…

Scénique. Sur scène, le soliste se dépense avec une telle énergie qu’il semble inépuisable. Discret dans la vie, Chris Joe est à l’antipode de cette figure sage de père de famille quand il est sur scène. On se laisse entraîner quand il fait hurler sa guitare tantôt sur le rythme cadencé du séga tantôt sur le beat posé d’un reggae. Quand sa guitare chante, elle dégage une frénésie douce : il aime trop sa musique pour la doser d’amertume. “Ma musique, je la fais avec tout mon cœur. C’est en moi.” S’il montre un peu de retenue sur le séga, ce qui ne veut pas dire qu’il manque de punch, Chris Joe s’envole vers des nouvelles explorations sur une musique roots. Sa connexion avec Natir de Chamarel le confirme. Le feeling est différent, l’espace aussi, souligne le musicien. Sur Angélique, titre qui porte le nom de sa petite fille et qui apparaît sur le dernier album de Zot Sa, Kan Tambour Baté, il montre une autre facette de son répertoire en proposant un morceau instrumental, avec un cocktail de sons à la saveur jazzy.

De la voix. De la guitare, il est passé au micro. Une expérience qui l’incite à aller encore plus loin. En effet, sur le nouveau disque de Zot Sa, il interprète Mo cryé la. Une composition qui traite de la jalousie d’autrui et des “mac” au travail. Un passage qui augure d’autres projets. Ainsi, Chris Joe nourrit le souhait de produire un album solo, plus instrumental, ça va de soi, avec quelques chansons. Le projet est en chantier, mais il ne veut pas se précipiter. La situation du marché du disque ne le permet pas. Avec le piratage et le manque de considération envers les artistes de la part des autorités, il préfère attendre. Pour arriver là où il est, Chris Joe avoue avoir eu le soutien de plusieurs personnes lors des passages à vide, à l’instar de Pascalle, Zot Sa et Alain Auriant. Sans eux, il aurait peut-être laissé sa guitare au placard.

Des mots de Chris Joe

“J’espère que la ministre des Arts et de la Culture pense à nous, les musiciens. On nous demande de contribuer à l’évolution de la culture mauricienne, de créer, de bouger la musique locale vers d’autres horizons, mais on ne nous donne pas l’aide nécessaire. Il faut cesser avec cette justice de deux poids deux mesures. Les musiciens souffrent d’un considérable manque de soutien de l’État.”

Comments

Got something to say?