Bhojpuri Boys, la renaissance

January 15, 2005 · Print This Article


Les lundis, mercredis et vendredis, il fait découvrir les saveurs de la chanson bhojpurie sur les ondes de Radio One. En tant que leader des Bhojpuri Boys, il a su faire revivre le groupe et le style qu’il défend. Avec Dulha Raja, le nouvel album, Kishore Taucoory nourrit de grandes ambitions pour les Bhojpuri Boys.

De son rôle effacé en tant qu’auteur et percussionniste des Bhojpuri Boys, Kishore Taucoory a su propulser le groupe à nouveau au-devant de la scène. Après la scission de la formation qui a révolutionné la musique bhojpurie, le style et les deux parties avaient sombré dans l’oubli. Il a fallu un entraînant Naya Sirey pour redonner vie à la chanson bhojpurie et aux Bhojpuri Boys, dont Kishore Taucoory conserva le nom. Mais, ce dernier avait choisi de donner une nouvelle couleur à cette musique, faisant appel à des musiciens externes. “Les gens me reprochent de changer souvent de musiciens pour l’enregistrement de mes albums. C’est quelque chose que j’ai voulu pour me pas tomber dans la monotonie. Depuis que je suis à la tête des Bhojpuri Boys, nous avons travaillé avec Georges Coret pour Papa ke molo ; ensuite, avec Désiré Saramandiff pour Naya Sirey et, cette fois, pour Dulha Raja, j’ai choisi de collaborer avec Gérard Louis. Tous sont de bons amis et nous avons souvent émis l’idée de travailler ensemble. L’occasion ne s’était, toutefois, pas présentée jusqu’ici”, avance Kishore Taucoory.

Évolution. Du coup, les Bhojpuri Boys se voient sacrés au concours Disque de l’année de la MBC pendant deux années consécutives. La formation est présente dans toutes les grandes manifestations culturelles de l’île. Précision du leader : “Même si je fais appel à d’autres musiciens pour les enregistrements, se sont les miens qui m’accompagnent en concert. Il faut le savoir : il y a des musiciens qui sont plus adaptés au studio et d’autres au live. Les membres des Bhojpuri Boys font surtout du live.”

Parlant de l’évolution de la musique bhojpurie, Kishore Taucoory est d’avis qu’elle a bien progressé ces dernières années. “De nos jours, le public attache beaucoup d’importance à la qualité musicale. Malheureusement, tous les albums en bhojpuri n’atteignent pas ce niveau. Je ne peux pas blâmer les artistes. Ils travaillent avec les moyens du bord. Beaucoup n’arrivent même pas à trouver un producteur.”

Bhojpuri Chatkar. Kishore Taucoory parle en connaissance de cause. Car, depuis deux ans, il anime trois fois par semaine l’émission Bhojpuri Chatkar sur Radio One. Et tous les nouveaux albums du genre passent entre ses mains. “C’est une émission où je fais de mon mieux pour passer le maximum de chansons. Quelque fois, je reçois aussi des artistes qui viennent présenter leurs albums. Et je ne fais aucune sélection. Je donne la chance à tout le monde de passer dans l’émission. Bien entendu, s’il y a des chansons qui sont plus appréciées que d’autres, je les programme plus souvent pour faire plaisir aux auditeurs. Je ne veux pas donner l’impression de privilégier l’un par rapport à l’autre. Vous savez, les artistes sont très fragiles, il faut faire attention de ne pas les offenser.”

Pour ce qui est de la réalité du marché, c’est un fait que la chanson bhojpurie a du mal à se vendre. “Pour nous Bhojpuri Boys, nous avons la chance d’avoir déjà une certaine popularité. Les disquaires acceptent de vendre nos produits. Malgré cela, il y a certains qui disent : on va prendre cinq ou dix CD et puis on verra. J’imagine que les autres doivent rencontrer encore plus de difficultés. Si un artiste arrive à vendre 3 000 CD, on peut dire qu’il a pu couvrir ses frais de production. Pour notre part, nous avons fait une première édition de 5 000 CD. 1 000 ont été vendus à La Réunion. Je viens de recevoir une nouvelle commande de 600 CD. Ce qui indique que l’album se vend bien là-bas. D’ailleurs, le morceau Pot-puri a terminé parmi les dix meilleures chansons du hit parade de Radio Réunion en 2004. Donc, il y a quand même un marché pour la chanson bhojpurie.”

Musique. Comme si sa carrière était prédestinée, Kishore Taucoory est né un 21 juin, jour de la Fête de la musique. Ainsi, quand on lui demande si à cette date, il célèbre son anniversaire ou la musique, il part dans un grand éclat de rire. “Comme vous le savez, le 21 juin, il y a des concerts un peu partout… Je suis presque toujours sur le terrain. Mais, il arrive des fois, pendant que je suis en train de me préparer, que mes enfants apportent un gâteau et on improvise un petit anniversaire vite fait. Heureusement que ma famille comprend cela. J’ajouterai même que si on n’a pas le soutien de sa famille, dans la musique, on arriverait difficilement à s’en sortir. Je pense particulièrement à ma fille Kisbin, qui est comme ma secrétaire. C’est elle qui s’occupe de toute l’organisation autour des Bhojpuri Boys. Que nous ayions à partir à l’étranger ou que nous jouions à Maurice, c’est elle qui s’occupe de tout : passeports, contacts, fax, etc. Vous imaginez si j’avais à faire tout cela moi-même !”

La sortie de Dulha Raja annonce une année bien remplie pour Bhojpuri Boys. En mars, le groupe jouera en Angleterre, en France et en Écosse, avant de mettre le cap sur La Réunion en avril, à l’occasion du Nouvel an tamoul. Pour Kishore Taucoory, de telles sorties sont synonymes de grandes rencontres. Particulièrement pour les Mauriciens établis dans ces pays : “Les gens sont contents de retrouver la musique du pays. Ils viennent nous voir en famille et c’est l’occasion d’un grand festival mauricien.” Auparavant, les Bhojpuri Boys participent à deux concerts le 12 et le 13 janvier, respectivement au Port Franc et au château du Réduit, dans le cadre de la conférence des SIDS.

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